Maurice Courant (1865-1935)

Maurice Courant (1865-1935) commença en 1883 des études de droit à Paris et s’inscrivit en 1885 à l’École nationale des langues orientales vivantes (ENLOV, aujourd’hui INALCO, Institut national des langues et civilisations orientales). Là, il étudia le japonais et le chinois, avant de devenir élève-interprète auprès de la légation de France à Pékin.

En 1890, il fut nommé en Corée où il travailla avec le consul de France à Séoul, Victor Collin de Plancy (1853-1922), qui devint son ami. Ce dernier constatant le dépit de son jeune collaborateur - qui eût souhaité rester en Chine - le persuada de s’engager dans un travail d’érudition : l’établissement d’une bibliographie raisonnée de la littérature coréenne, ouvrage fondamental par lequel il resta célèbre. Naquit alors chez Maurice Courant un intérêt pour la Corée qui ne se démentit jamais.

De retour en France, il n’obtint pas le poste de professeur au Collège de France ou à l’ENLOV qu’il espérait. Il s’installa à Lyon en 1900 pour donner des cours de chinois à l’université, position créée à l’initiative de la chambre de commerce et financée par elle. En 1913, ces cours furent transformés en véritable chaire de chinois et Maurice Courant nommé professeur titulaire.

En 1919, il accompagna Paul Joubin (1862-1941), recteur de l’académie de Lyon, au Japon pour négocier la création d’un établissement d’enseignement français à Tokyo. Maurice Courant parvint à susciter l’intérêt des ministres japonais par une approche intelligente et respectueuse. Il laissa ensuite la place à d’autres et ce projet aboutit en 1924 à la fondation de la Maison franco-japonaise de Tokyo, alors que Paul Claudel y était ambassadeur.

Toujours en 1919, Li Shizeng se rendit à Lyon pour y rencontrer Paul Joubin, en vue de discuter la création dans cette ville d’une université chinoise. Les Français étaient intéressés, mais les points de vue sur la façon de procéder étaient au départ très différents. Après de longues et parfois difficiles négociations, auxquelles Maurice Courant participa activement, fût décidée à l’été 1921 la création d’une association à but non lucratif, l’Association universitaire franco-chinoise, servant de cadre légal à un Institut franco-chinois, qui ouvrit ses portes dès septembre 1921.

Le Tout Lyon, 6 avril 1924 : Maurice Courant, témoin de mariage.

 

Après les débuts agités de l’Institut qui causèrent le départ de Wu Zhihui (1865-1953), son directeur chinois, Maurice Courant hérita à contrecœur de la gestion de l’établissement. Il se trouva alors en butte aux pires difficultés financières ainsi qu’à l’hostilité d’une partie des élèves chinois qui lui reprochaient notamment cette « prise de pouvoir », sans voir que l’Institut ne survivait que grâce à sa ténacité. Rappelons, en outre, qu’il continuait à assumer simultanément ses responsabilités de professeur de chinois à l’Université de Lyon.

Pour répondre à ce problème, Benoît Favre (1874-1934), commandant de l’armée française mis en disponibilité à cette occasion, parlant couramment allemand et chinois, fut nommé à la direction de l’Institut en 1925, soulageant ainsi efficacement Maurice Courant. Il créa en outre, les Annales franco-chinoises, revue trimestrielle de l’Institut dont il assura l’édition jusqu’à sa mort en 1934, bien après son départ pour Paris en 1929.

Maurice Courant, fonds Jules Sylvestre (1859-1936).

 

Avec l’arrivée de Benoît Favre, Maurice Courant put se concentrer sur sa mission académique et aider pendant une dizaine d’années encore nombre d’étudiants, souvent au-delà de ce que réclamait son devoir de secrétaire de l’Association universitaire franco-chinoise. Les archives portent témoignage de la gratitude que beaucoup d’entre eux lui exprimèrent. Pourtant, une fois rentrés en Chine, certains changèrent d’avis et oublièrent ou critiquèrent leur « cher Maître » Maurice Courant.

Début 1934, il fut victime d’un accident cardio-vasculaire qui le laissa infirme les derniers mois de sa vie. Maurice Courant s’éteignit le 18 août 1935.

L’institut continua sa course quinze ans de plus, sans rendre d’hommage particulier à celui dont le labeur incessant lui avait permis de survivre aux années les plus difficiles.


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