Le Fonds chinois

Lyon et Shanghai. Deux bibliothèques municipales de premier plan

Les relations qui unissent la Bibliothèque municipale de Lyon et la Bibliothèque de Shanghai sont à peine moins anciennes que celles entretenues avec l’établissement de Canton.

Si la première bibliothèque chinoise de la ville de Shanghai a ouvert en 1925, ce n’est qu’en 1952 qu’est fondée la première grande bibliothèque municipale de Shanghai avec alors une collection de plus de 700 000 volumes. Elle fusionne en 1995 avec l’Institut d’information scientifique et technologique de Shanghai (Institute of Scientific and Technological Information of Shanghai), lui-même fondé en 1958, pour devenir la première institution de niveau provincial/ municipal de Chine (quatre villes ont le statut administratif de municipalité, équivalent à celui des provinces : Pékin, Tianjin, Chongqing et Shanghai).

Le nouveau bâtiment de la Bibliothèque de Shanghai a été inauguré en 1993, sa superficie est de 83 000 m². Son architecture, assemblage de formes pluridimensionnelles, symbolise l’accumulation des connaissances et le sommet de ses tours en pyramide, la volonté de l’homme de se hisser vers les sommets du savoir. Il comporte 32 salles de lectures avec une capacité de 3000 places assises, 20 carrels, 2 salles d’exposition, etc. Son réseau, constitué d’établissements organisés autour de bibliothèques centrales couvrant neuf arrondissements, sert une population de 23 millions d’habitants. Elle conserve 52 millions de documents imprimés, dont 3,7 millions de documents anciens (remontant pour le plus vieux au VII e siècle), et 1,8 millions de documents généalogiques. Il faut ajouter à ces chiffres 150 000 documents non imprimés (vinyles, etc.). À noter par ailleurs que Shanghai est dépositaire des publications imprimées des Nations-Unies.

C’est donc avec cet établissement, aujourd’hui le second du pays, après la Bibliothèque Nationale de Chine située à Pékin, que la BmL entretient des relations depuis 2001, consacrées alors par une convention, renouvelée en 2005. En juillet 2002, Patrick Bazin, alors directeur de la BmL, prit part à une conférence organisée par la Bibliothèque de Shanghai. L’année suivant le directeur de la Bibliothèque de Shanghai, Wu Jianzhong, fut accueilli à Lyon.

C’est en 2005 que furent présentés au public lyonnais, dans le hall de la Part-Dieu, les 200 premiers ouvrages donnés par Shanghai dans le cadre de son programme « Fenêtre sur Shanghai ». Cette initiative lancée en 2003 fait partie d’un programme national de promotion du livre chinois à l’étranger et contribue pleinement à l’ambitieuse poli- tique internationale de la Bibliothèque de Shanghai. Cette dernière a ainsi établi des contacts avec des bibliothèques et des instituts de recherche de 46 pays (le Centre culturel de Chine à Paris, la BmL, la Bibliothèque Elsa Triolet à Bobigny pour la France). À ce jour plus de 40 000 volumes ont été expédiés. Depuis 2011, ce programme dispose d’une page internet et un volet numérique vient d’être ajouté à cette offre ; la BmL en bénéficie depuis 2013 et le propose à ses usagers depuis les ordinateurs de son réseau.

Depuis 2006, la BmL est régulièrement invitée au SILF (Shanghai international library Forum) organisé tous les deux ans. Ainsi a-t-elle pu en 2008 présenter au public shanghaien son projet de numérisation de masse de ses collections imprimées anciennes mené avec Google. La visite à Shanghai (en juillet dernier) de Gilles Éboli, directeur de la BmL, a été l’occasion d’un échange d’idées avec son homologue Wu Jianzhong. La rencontre entre les deux directeurs a de plus été l’occasion de resserrer les liens entre nos établissements autour de projets porteurs comme l’échange de personnels ou l’organisation d’expositions virtuelles ou encore matérielles. Le conservateur de la Bibliothèque de Zi-ka-wei (ancienne bibliothèque jésuite de la ville de Shanghai) a ensuite guidé Gilles Éboli à la découverte des trésors de son établissement, visite d’autant plus intéressante que la BmL conserve la Collection jésuite des Fontaines.

Ce bâtiment construit en 1847, est la première bibliothèque de l’époque moderne de Shanghai. Avec un agencement et un mobilier inspirés de la Bibliothèque du Vatican, l’étage supérieur abrite la collection en langues occidentales. L’étage inférieur abrite quant à lui les ouvrages chinois, imitant le style du Pavillon du ciel unique situé à Ningbo, la plus ancienne bibliothèque chinoise parvenue jusqu’à nous (fondée en 1561, elle conservait 70 000 volumes de livres anciens).

Cette collection jésuite a été officiellement intégrée à la Bibliothèque de Shanghai en 1956. D’autres fonds étrangers ont par la suite été versés dans cette collection (Bibliothèque de la Société asiatique, Bibliothèque du comité municipal des concessions, etc.)

Grâce en partie à cette perle figée dans le temps et sise dans un écrin de modernité urbaine, le nombre de documents anciens en langues étrangères conservés par la Bibliothèque de Shanghai s’élève à 560 000 volumes, dont 320 000, parus entre 1477 et 1950, sont conservés ici. Ces ouvrages parlent plus de vingt langues (latin, anglais, français, anglais, allemand, russe, japonais, etc.) et couvrent des domaines du savoir tels que la philosophie, la religion, l’économie, la politique, la linguistique, la littérature, les arts, la géographie historique, etc. La tournée shanghaienne par Gilles Éboli s’est poursuivie par la visite de deux annexes de la Bibliothèque de Shanghai : celle de Putuo qui pourrait accueillir une exposition d’estampes issues de nos collections ; celle de Changning, désireuse de développer un partenariat avec la BmL afin d’élargir son offre en direction d’un public cosmopolite qui compte dans ses rangs les ressortissants des nombreux consulats présents sur son territoire.

Ce lointain déplacement a été l’occasion d’échanges fructueux et de rencontres chaleureuses. Autant de figures et de personnalités que la BmL sera honorée de recevoir en 2014, à l’occasion de la tenue à Lyon du 80e congrès de l’IFLA (Fédération Internationale des Associations de bibliothécaires et des Bibliothèques), du 16 au 22 août.

Marc Gilbert, Fonds chinois, BmLyon