Le fonds chinois

Lyon Républicain du 7 mai 1922 : Un concert à l’Institut Franco-Chinois de Lyon

Le 7 mai 1922, le journal Lyon Républicain publiait le compte rendu d’un concert donné à l’Institut franco-chinois de Lyon. En voici la reproduction intégrale :

Un concert à l’Institut Franco-Chinois de Lyon


La section musicale de l’Institut franco-chinois a donné hier soir, à quelques rares privilégiés, la révélation délicate d’un art inconnu, mystérieux et prenant, mais qui ne ressemble en rien, est-il besoin de le dire, à notre musique moderne, nuancée et savante.
Cependant la parenté n’est pas si lointaine entre les mélodies primitives où s’exprime l’âme de la vieille Chine et certains airs religieux de l’antique plain-chant romain. C’est, avec la même simplicité de lignes, parfois la même grâce un peu naïve, parfois aussi le même sentiment profond.

La section musicale de l’Institut franco-chinois. — A gauche, un violon chinois


Les instruments — du moins ceux que nous vîmes hier — se rapprochent assez des nôtres : une longue flûte en bambou aux sons doux et veloutés, une sorte de banjo, et un violon à deux cordes tendues le long d’un tube en bois terminé par une façon de tête de maillet creuse et recouverte d’un morceau de peau de serpent, qui remplit le rôle de boite à sons ; l’archet tire de cet instrument des sonorités violentes, aiguës et nasillardes, assez pareilles à celles d’une cornemuse.
Si le chant rappelle, par sa facture, certains vieux airs d’église, l’accompagnement est par ailleurs presque semblable à ces mélopées berrichonnes ou limousines, aux rythmes bizarres, à la fois sautillants et mélancoliques, dont se berce le labeur du paysan — Mme Pan, M. Tang, M. Ho et M. John chantèrent quelques-unes des légendes tirées du folklore chinois inépuisablement riche. M. Lian, M. Wang et M. Tseng, puis M. Fan, M. Li et M. Licou se firent entendre en des trios de flûte, de violon et de guitare. Mlle Liang et M. Tang prouvèrent, en interprétant au piano avec un sentiment très exact des nuances, la première « Humoresque » de Dvorak, le second une sonate de Haydn, que l’art européen leur était plus accessible et plus familier qu’à beaucoup de Français.
Quelques excellents amis de nos hôtes chinois prêtaient leur concours à cette soirée et mêlaient à ces choses antiques une note de modernisme qui faisait un contraste savoureux. Mme Gazzurelli, dans ses pièces originales de mélodéclamation et dans la parfaite interprétation qu’elle donna du « Chant Indou » de Bemberg, de la « Sérénade » de Schubert, et du « Nil » de Xavier Leroux ; Mme Desgeorges, harpiste remarquable, et M. Bladet, flûtiste excellent, furent chaudement applaudis.
M. Wood, directeur, et M. Tsu, sous-directeur de l’Institut franco-chinois, surent accueillir leurs invités avec cette courtoisie charmante dont les « Fils du Ciel » nous donnent trop souvent la leçon.

A. S.

Lyon Républicain, 7 mai 1922