Le fonds chinois

Un couple de « littérateurs » : Wu Shutian et Zhang Yiping

吳曙天 與 章衣萍

Ce texte a été écrit en 1995 en préface d’Ouvrages en langue chinoise de l’Institut franco-chinois de Lyon (1921-1946), de Jean-Louis Boully.

Les caractères chinois ont été ajoutés à l’occasion de la publication en ligne (2021) et sont absents du texte original.

Mis en ligne le 1er juillet 2021.

Un couple de « littérateurs » : Wu Shutian et Zhang Yiping

par Raoul David Findeisen1, maître-assistant au sein du département de sinologie de l’Université de Zurich (Suisse)

 

1. Qu’est-ce qu’un auteur connu [著名作家 zhuming zuojia] ?

Un des traits particuliers à l’histoire de la littérature chinoise et notamment de la critique littéraire est sa véritable obsession des valorisations littéraires. En général, la critique put, jusqu’à notre siècle, s’appuyer sur un ensemble de règles définissant la bonne qualité qui se trouvait au-delà du « goût ». En résulta, depuis le fameux autodafé du début des Qin, un continuel processus de compilation et de canonisation, c’est à dire, en même temps, de sélection et d’exclusion. Les nombreuses collections qui nous ont été transmises représentent, par conséquent, d’une manière ou d’une autre, implicitement ou explicitement, une orthodoxie de la critique, fût-ce a contrario.

Le terme zhuming zuojia n’est, dans ce contexte, rien qu’une variation moderne du même procédé connu pendant deux millénaires et a pu facilement se transformer en un sous-ensemble de la critique et de l’histoire littéraires qui se manifeste même dans le domaine très technique de la bibliographie où les « auteurs connus » modernes et « les autres » sont soigneusement séparés2.

Les idées et les sélections changent, or les attitudes plus normatives que descriptives restent typiques. L’effet sur la recherche et l’historiographie littéraires est, pour dire le moindre, désastreux. Nous sommes au courant des détails les plus intimes de la vie quotidienne d’auteurs qui appartiennent au groupe des zhuming zuojia et pouvons suivre leur création presque heure par heure, car leurs biographies sont rédigées, et leurs journaux privés (témoignages de faits sans ambition esthétique de la part de l’auteur) publiés. Alors que les soi-disant minor authors apparaissent (s’ils ont de la chance) ça et là dans des notes et aperçus et se trouvent en permanent danger de disparaître presque complètement derrière leurs contemporains élus « célèbres ».

Pour plusieurs raisons, la bibliothèque de l’Institut franco-chinois de Lyon est tout indiquée pour corriger cette malchance. Tout d’abord, la sinologie occidentale (et plus encore celle du Japon), dès ses origines et par manque de choix, est devenue la victime de ces procédés et a jusqu’à présent nolens volens suivi les voies données. Ce phénomène s’est notamment vérifié dans l’histoire de la littérature moderne qui, avant la guerre, n’intéressait guère, pour des raisons pédagogiques pratiques, que les Pères missionnaires et quelques personnes qui souvent vivaient dans le pays. Ceci d’autant plus qu’en Chine-même les années 30 et 40 étaient une époque tourmentée pour la littérature comme pour la critique littéraire, mais aussi pour la politique en raison des événements de guerre. Surtout pour les auteurs estimés de moindre importance qui n’ont pas joui de redécouverte et de réédition dans leur pays, les œuvres sont très difficilement accessibles dans les bibliothèques de province ou sont dispersées dans des quotidiens, des journaux, et n’ont surtout pas été achetées par les bibliothèques sinologiques. C’est précisément dans ce domaine-ci que la bibliothèque de l’Institut franco-chinois de Lyon dispose d’une richissime collection qui, grâce à la sélection effectuée par des Chinois et non pas par des sinologues, reflète beaucoup mieux les habitudes de lecture de l’époque, celle-ci n’ayant pas subi d’importantes pertes comme ce fut le cas pendant la Révolution culturelle. Ainsi nous est accordée, par cette collection, l’extraordinaire chance d’une topographie du champ littéraire, incontestablement trop peu travaillé pour la Chine moderne3.

Le couple visé par cette esquisse — Wu Shutian et son époux Zhang Yiping, respectivement nés en 1903 et 1902, et qui appartenaient donc clairement à la génération qui suivit le mouvement du Quatre mai — devint victime de ce procédé de multiples manières. Tout d’abord, l’explosion de la production littéraire après le 4 mai 19194 a sans doute favorisé une certaine sélection rétrospective et a fait que des auteurs moins remarqués aient pu échapper à l’attention ; puis la génération des Activistes des mouvements estudiantins initièrent une certaine accélération qui allait d’abord occulter ceux nés peu après le début du siècle et qui de plus furent élevés dans deux systèmes de formation et d’éducation. Puis il n’est pas exagéré de dire que le couple aurait été complètement oublié s’il n’avait fait partie pendant quelques années du cercle qui gravitait autour de Lu Xun 魯迅 (1881-1936) ; enfin, en ce qui concerne la position des femmes en littérature, Wu Shutian, qui pis est, disparaît souvent derrière Zhang Yiping, et n’est mentionnée qu’en tant que son épouse. Cette position intermédiaire à plus d’un titre s’exprime dans une forme en même temps ambitieuse du point de vue littéraire et adaptée à une consommation littéraire accélérée.

Surtout pour Zhang Yiping, prévaut l’attitude d’un angry young man qui aime le geste provocateur, souvent dirigé à l’encontre des futurs zhuming zuojia qui se trouvent au sommet de leur renommée. Par ses écrits — moins que par ceux de Wu Shutian qui sont, notons-le, encore plus difficilement accessibles que ceux de son mari — nous apprenons beaucoup de détails sur les sujets abordés lors de conversations entre Lu Xun, Hu Shi 胡適 (1891-1962), Lin Yutang 林語堂 (1895-1976), Wang Jingzhi 汪靜之 (1902-) qui autrement auraient été livrés à l’oubli.

Grande exception faite, pour les raisons indiquées, du répertoire jusqu’à présent le plus détaillé sur la littérature moderne5, une compilation assurée par des ecclésiastiques, 1500 Modern Chinese Novels and Plays6, qui donne quelques indications biographiques sur Zhang et surtout un précis de pas moins de neuf de ses ouvrages. Ce véritable catalogus librorum prohibitorum est, encore plus clairement dans son édition française précédente avec Romans à lire et romans à proscrire7, une sorte de modèle qui illustre comment peuvent être distribuées les appréciations littéraires, constituant un système hiérarchique, même si, dans ce cas précis, il s’agit d’une entreprise avec l’intention de « protéger la jeunesse des dangers de la lecture nocive », qui n’a « point d’ambitions de critique littéraire ». Il fournit même le paragraphe du Corpus luris Canonici dans le cas d’un intérêt « infernal » : « Les lecteurs des ouvrages proscrits se voient rappelés qu’ils agissent en infraction et des lois de la nature et de celles prescrites par l’Église8. »

 

2. Wu Shutian 吳曙天

Les traductrices du Père devenu fou《瘋了的父親》, un des contes de Wu Shutian, datant de 1928, ont raison de se plaindre du manque total de toute donnée biographique sur elle en dehors de celles puisées dans la biographie de son époux. Il se trouve qu’une des sources donne des renseignements erronés et qu’elle est prise comme référence.

Wu ShutianDe ce fait, ces traductrices reproduisent une erreur en attribuant le journal « sur leur bonheur conjugal » Lian’ai riji san zhong 《戀愛日記三種》[Trois journaux d’un amour] à Zhang, alors qu’il s’agit d’une œuvre rédigée par elle et écrite « à la campagne », « à Shanghai » et « à l’hôpital » en 19279. C’est tout d’abord dû au fait que Le père devenu fou a été inclus dans un numéro spécial consacré aux femmes écrivains du Vrai, beau, et bon (《真美善》Zhen mei shan), journal édité à Shanghai auquel nous devons probablement le seul portrait photographique publié — provenant sans doute d’une prise de vue effectuée lors de fiançailles ou d’un mariage !10

Lu Xun au moins, dans ses journaux, lui fit moins de tort que les éditeurs contemporains de l’« auteur connu » qui n’estimaient Wu Shutian même pas digne d’avoir une date de naissance ! À l’occasion de quelque cent cinquante rencontres entre lui et Zhang Yiping, il note fidèlement quand Wu Shutian est présente, elle aussi. Les cinquante cinq rencontres entre elle et Lu Xun ne se sont, du reste, pas toujours effectuées en présence de Zhang Yiping. Elle allait souvent voir Lu Xun en compagnie de Cai Shuliu 蔡漱六 (1900- ?), depuis 1924 l’épouse de Li Xiaofeng 李小峰 (1897-1971) — fidèle gérant de la maison éditrice Beixin shuju 北新書局 qui publia les œuvres de Wu Shutian, de son mari Zhang Yiping, de Lu Xun lui-même, ainsi que la revueYusi (Filature de paroles)《語絲》 et nombre d’autres publications devenues importantes.

Dans aucune des compilations biographiques sur la littérature moderne, nous ne trouvons le moindre mot sur Wu, même pas dans celles consacrées aux femmes écrivains qui commencent à paraître dans le but de constituer, dans le cadre de l’accueil du feminist criticism, une tradition propre qui a pourtant pris son départ avec des personnages aussi importants que Bing Xin 冰心 (1900-11) et Ding Ling 丁玲 (1904-1986)12. Wu Shutian est originaire de Yicheng 翼城 (province du Shanxi) et, comme son futur mari, commença à publier des feuilletons et d’autres pièces littéraires dans le supplément Jingbao fukan du quotidien Jingbao, édité par Sun Fuyuan 孫伏園 (1894-1966) à partir du mois d’octobre 1924. Nous pouvons en conclure qu’à l’époque elle se trouvait à Pékin, vraisemblablement pour des études universitaires. Pour l’instant, il est impossible de dire quelle part de sa production dans ce genre fut publiée dans Fragments de souvenirs, Duanpian huiyi 《短片回憶》 en 1927. À cette occasion, en tous cas, se conjuguent de façon bizarre une prétendue modestie féminine de la part de Wu et un prétendu rôle protecteur de la part de Zhang13.

C’est une ironie supplémentaire que de constater que le nom de Wu s’est, jusqu’à présent, surtout inscrit dans l’histoire de la littérature moderne par son feuilleton écrit après sa première visite le 28 septembre 1924 chez Lu Xun, le zhuming zuojia par excellence, pièce réimprimée à plusieurs reprises. Elle nous y donne de Lu Xun, alors réputé, une image vive et chaleureuse, non pas sans jouer ironiquement sur le rôle de la jeune fille naïve de province qui s’exclame : « Ça alors c’est le pupitre de l’auteur de Nahan ! » après avoir remarqué malicieusement qu’un « vieux âgé de cinquante ans environ nous ouvrit la porte. Il avait l’air encore plus âgé que le “vieux” Sun [Fuyuan]14 ». C’est une esquisse psychologique écrite d’une main légère, trait qui semble commun à tous ses écrits. En même temps, elle nous révèle un intérêt particulier pour le dessin et la peinture : Lu Xun lui montre un volume de dessins allemands et lui dit, après avoir remarqué sa peur des serpents même s’ils sont dessinés : « Qui peint ne craint pas les serpents. » Un article qu’elle écrivit sur le peintre anglais Robert Henry témoigne de la même prédilection pour l’art pictural, partagée du reste non seulement avec les anciens pensionnaires de l’Institut franco-chinois de Lyon Su Xuelin 蘇雪林 (1899-15) et Sun Fuxi 孫福熙 (1898-1962) qui à l’époque appartenaient tous au groupe formé autour de la maison éditrice Beixin shuju et de Lu Xun, mais également avec le personnage principal du Père devenu fou qui ne fait « rien d’autre que dessiner16 » et qui, par conséquent, nous offre probablement un autoportrait de Wu. Il n’est pas exclu qu’un ou plusieurs dessins de couvertures pour des livres de Zhang, souvent des caricatures, soient dus au talent de Wu.

Nous retrouvons Wu Shutian passer ses grandes vacances de 1925 près de Tianjin où le 25 juillet elle écrit un poème en prose apparemment adressé à Zhang Yiping qu’elle venait d’épouser ou qu’elle allait épouser peu après. Sa mère était-elle vraiment avec elle ou bien s’agit-il d’une évocation littéraire, nous ne le savons. Suivent quelques extraits du texte paru sous le titre Envoyé à...

Ici, en effet, trois jours de pluie ennuyeuse [me] rendent étrangement triste. Mais toi, mon mignon, comment te sens-tu chez toi ?
[...]
Hélas !
Je me blottis sous la couverture et ne trouve point de place douillette – ce qui rend mon ennui encore plus difficile à supporter ! Mais toi, mon mignon, comment as-tu passé la nuit dernière ?
Quelques nuages noirs sont arrivés de l’Est, et le vent de l’Ouest a apporté des nuages noirs. Je me dis : « Le vent change la course de mon navire, je pourrais aller à Pékin. » Maman dit : « Ne parle pas trop d’une mauvaise conduite ! » Hélas ! Cela ferait ouvrir de grands yeux à mon mignon !
Les pois de senteur et les glycines ont déjà grimpé le long du mur et jusqu’au faîte de la maison. Je ne puis contempler les fleurs mauves et rouges sans escalader le mur. Sous la pluie, j’y cueille une fleur et je laisse mon regard doucement vagabonder vers la route de Pékin.
[...]
Hélas, mon mignon, comment m’appellerais-tu quand j’ai de tels sentiments ?17

Le texte vit de sa structure bâtie sur le dialogue, trait du reste identifié comme typique pour la plupart de la littérature écrite par des femmes18. En ce qui concerne sa mère, il se peut, d’après le Père devenu fou ainsi que d’après des notes dues à Zhang, datées peu après ce poème, que sa situation économique était telle qu’elle pût accompagner sa fille à son lieu d’études et en vacances. Elle s’opposa par ailleurs vivement au mariage de sa fille avec Zhang qui durant ces années, selon son propre témoignage peut-être exagéré, vivait dans la misère19.

Le style sans prétention, les descriptions en langue simple mais empreintes d’une atmosphère dense et qui renvoient ses textes plus au dessin qu’à la peinture ont aussi été remarqués par la critique contemporaine. Il s’agit d’un compliment quand Zhang Ruogu 張若谷 (1905-20) écrit que les œuvres de Wu « ont l’air de ne pas être de la littérature », mais plutôt ce qu’il appelle sketch, en utilisant le terme anglais et en parlant d’« herbes rares dans le jardin de la littérature moderne écrites par des femmes21 ».

Ce que nous savons de Wu, nous le devons pour la plupart à des sources secondaires, tout d’abord à Zhang Yiping. Nous apprenons qu’à Pékin elle sortait souvent à dos de chameau avec lui et d’autres amis. Et nous apprenons par son amie Chen Xuezhao 陳學昭 (1906-1992), moins négligée par l’histoire de la littérature, qu’elle était « vive et en même temps aimable dans son expression » et avait une « attitude généreuse et savante envers les gens et les choses22 ».

En 1928, nous trouvons Wu Shutian dans une situation quelque peu inconfortable. Malgré les succès littéraires de Zhang, la situation financière du jeune couple se détériora, aggravée par les fréquentes hospitalisations nécessaires pour tous les deux.

C’est pourquoi Wu contrainte à acheminer les correspondances pendant que Zhang est malade est obligée le 10 décembre d’emprunter la somme de 50 dollars à Lu Xun. Celui-ci note minutieusement qu’elle lui en rendit 30 le 11 février de l’année suivante, et le reste le 2 mai. Il y ajoute, à la même date, son propre salaire de 300 dollars, reçu de Beixin shuju. Or, dix jours plus tard, Lu Xun fait cadeau d’un livre de gravures à chacun des deux23. Nous ne savons pas si la lettre du 9 novembre 1929 adressée par Wu Shutian à Lu Xun parlait du même sujet et ne pouvons que constater qu’il y répondit le jour suivant. La dernière rencontre entre les anciens collègues de la « Société Filature de paroles » eut lieu fin janvier 1930, peu de semaines avant la fondation de la Ligue des écrivains de gauche.

Ce n’est pas la première fois, hélas, que la contribution d’une épouse d’écrivain à des œuvres littéraires soit dissimulée dans des remerciements de préface, comme c’est le cas pour la plupart des livres publiés par Zhang, notamment les traductions. Nous pouvons admettre qu’elle a aussi été active lors de la sélection de textes à traduire.

C’est sans doute le cas pour Sans famille de Hector Henri Malot (1830-1907), roman dans lequel « on voit s’ébaucher quelques-uns des thèmes de l’aventure enfantine24 » et qui amène son intérêt pour les idées pédagogiques, manifeste dans l’introduction de Zhang quand il discute des réformes proposées par Maria Montessori (1870-1952) et Helen Parkhurst25. D’après le volume « Sur la traduction26 » qu’elle édita en 1933, les travaux secondaires de Wu Shutian étaient accompagnés d’une solide réflexion théorique.

Elle administra d’autre part la preuve d’être consciente de son rôle particulier de femme écrivain quand cette même année elle publia un volume de « Lettres écrites par des femmes » qui contient des textes de personnages historiques et littéraires datant de l’époque qui va de la dynastie des Han à la dynastie des Ming.

Wu Shutian fut responsable de collection pour au moins une série de livres pour enfants et figure comme coauteur pour nombre de volumes.

En 1942, soit quatre ans avant son époux et avant son 40e anniversaire, elle meurt, probablement à Chengdu et sans doute de tuberculose. Son œuvre, pour la plupart publiée dans des journaux et par conséquent inconnue, n’a jusqu’à présent pas fait l’objet de réédition.

 

3. Zhang Yiping 章衣萍

Pour cette étoile filante de la scène littéraire que fut Zhang Yiping, nous disposons au moins de quelques éléments biographiques, hormis ceux qu’il donne généreusement dans ses essais : né en 1902 à Jixi 績溪 (province de l’Anhui), son instruction des textes classiques lui fut donnée d’abord par son grand-père, un homme sévère, titulaire du degré de xiucai qui n’était pas parvenu à accéder à l’échelon de fonctionnaire et qui plus tard fonda une école primaire à Xiuning 休寧. Ensuite c’est son père, un commerçant n’ayant pas reçu d’éducation littéraire traditionnelle, qui lui enseigna la littérature historiographique romancée et surtout lui transmit la devise selon laquelle « ouvrir un livre est profitable ». Le jeune Zhang, de son nom original Hongxi 洪熙, fut particulièrement impressionné par le Sanguo yanyi27 《三國演義》 et avoue franchement « qu’il sautait simplement les passages qu’il n’arrivait pas à comprendre28 ». C’est suite à ce roman qu’il eut, à l’âge de 15 ans, ses premières conversations amoureuses avec une employée de la pharmacie de son père29. En 1915 il entra à l’École normale du Huizhou à Shexian où le directeur avait strictement interdit d’écrire des poèmes en baihua30 et notamment de lire la revue Xin qingnian31 qui commençait juste à paraître raison de plus pour Zhang de dévorer les poésies de Hu Shi 胡適, Zhou Zuoren 周作人 (1885-1967), Liu Bannong 劉半農 (1891-1934) et Shen Yinmo 沈尹默 (1883-1971). Il partit pour Nankin en 1919 où il fit la connaissance, lors d’une série de conférences données en juillet 1920, de son fameux compatriote Hu Shi, issu du même district32. C’est Hu Shi qui donna à Zhang le conseil de poursuivre ses études et ses lectures « en se fixant une limite de temps », et c’est grâce à lui que Zhang se rendit à Pékin.

Pour des raisons économiques, il ne pouvait entrer à Beida 北大 qu’en tant qu’auditeur. Il en gardera un souvenir amer et n’a jamais parlé du système universitaire autrement qu’en termes ironiques ou moqueurs ; par exemple dans une scène qui défend la validité du doctorat de Hu Shi, « car c’était son compatriote », tout en affirmant que « neuf sur dix doctorats obtenus aux États-Unis sont des faux33 ».

C’est probablement par l’intermédiaire de Hu Shi que Zhang Yiping fut introduit dans les cercles littéraires du Mouvement de la nouvelle culturelle de la capitale, alors bien établi. Il y publia son premier texte Soucis d’usurpation dans le supplément du Quotidien du matin pékinois34 et rejoignit les collaborateurs réguliers de la revue Yusi [Filature de paroles], dirigée par Lu Xun, tandis que Zhang figure même comme « fonctionnaire de la Société Filature de paroles35 ». Sa collaboration à une autre des nombreuses entreprises luxuniennes, c’est à dire au périodique Mangyuan, semble avoir été prévue dans un cadre plus large, mais Zhang s’était déjà lancé à toute allure dans ses projets littéraires individuels. En résulta une considérable production consistant surtout en des feuilletons et de soi-disant « conte » qui souvent ne cachent guère leur provenance purement autobiographique. En été 1925 lui et Wu Shutian se marièrent. Suivirent deux années d’intenses activités sociales et littéraires, qui sont bien connues, avant que le couple ne se rende à Shanghai36.

Vint la période du stupéfiant succès de la Première pile de lettres amoureuses, parue en mai 1926, qui connut au moins neuf éditions du vivant de Zhang et fut distribuée à 25 000 exemplaires environ — chiffre considérable même pour l’époque. Sans doute contribua à ce succès le fait que le fondateur et directeur de l’Université Nankai à Tianjin, Zhang Boling 張伯苓 (1874-1950) estima si dangereux les descriptions peu pudiques des relations entre les deux sexes qu’il fit interdire sa distribution par les Directions de la police militaire à Pékin et à Tianjin. Il paraît qu’un bouquiniste de Liulichang à Pékin offrit discrètement un exemplaire du livre interdit à Liu Bannong, lors d’une des ses promenades habituelles37... Il y eut même une traduction russe de cet ouvrage, effectuée par S.H. Polevoy, ancien professeur à Beida qui avait passé une dizaine d’années en Chine38, à la grande fierté de Zhang mais aussi sa surprise, car il ne comprenait pas bien pourquoi « dans un pays où “la littérature est comme les sciences naturelles : objective, réaliste et basée sur l’expérience”, on traduisait un livre d’un jeune inconnu qui ne parle que d’amour39 ». La grande ville semble avoir bien mieux convenu au tempérament de journaliste de Zhang et lui permit de mener une vie assez confortable. Du moins pouvons nous en conclure ainsi au vu des nombreuses invitations à dîner, minutieusement notées Lu Xun qui fut immédiatement et solennellement reçu après avoir quitté Xiamen.

En septembre 1927, Wu Shutian et Zhang Yiping vont à Shanghai où, « pour remplir mon estomac, je vais enseigner à la campagne chaque jour, mais quand je me trouve en chaire, livrant maintes paroles superficielles, j’ai l’impressions et à tous ces jeunes qui me regardent si attentivement40 ». Secrétaire du recteur de l’Université de Jinan depuis 1928, il y donna aussi des cours dont les « Conférences sur la composition » et les « Conférences de rhétorique » en sont le résultat41.

En 1929, le directeur de l’Institut de littérature de l’Université de l’Anhui à Hefei, Cheng Yansheng, invita Zhang Yiping à venir y donner des cours. Ceci était certainement dû à l’intervention de son proche ami et compatriote de Lixi, le poète Wang Jingzhi qui avait déjà été son collègue à l’Université Jinan et enseigna à Hefei jusqu’en 1941. Mais ce retour à la province natale commença mal dès le départ, le directeur et Zhang se trouvant en désaccord pour des raisons que nous ignorons et se revirent devant un tribunal42.

L’année 1933 est marquée par de nombreux efforts littéraires de la part de Zhang ; sous le titre de Suibi san zhong, il publia une compilation de ses feuilletons (dont certaines parties avaient déjà été publiées, certaines ayant même été traduites en anglais43) qui étaient si mal adaptés au climat intellectuel, marqué par une insurmontable division entre la gauche et la droite, qu’il changea d’éditeur après qu’une publication ridiculisant les règles diététiques des Musulmans, soi-disant publiée sous la responsabilité de Zhang, eût fait scandale et eût ensuite obligé Beixin shuju d’arrêter son commerce en mars 193344. Il publia ses poèmes pour la troisième fois sous un titre modifié en Vent d’automne et y ajouta quelques articles récents.

Vraisemblablement il créa même sa propre revue littéraire Wenyi chunqiu, dont dix numéros à périodicité mensuelle parurent45 jusqu’en juin 1934. Pendant cette période, il mena en dilettante des études de philologie et contribua à la série de livres d’enfants édités par Wu Shutian. C’est après les bombardements japonais sur Shanghai en 1937 que Zhang et son épouse partirent rejoindre le hinterland chinois. À Chengdu, il s’installe comme libraire et y a vraisemblablement aussi fondé une maison d’édition. Nous ne savons pas s’il retourna à Shanghai avant sa mort survenue en mars 1946.

Zhang connaît deux obsessions, étroitement liées l’une à l’autre et presque omniprésentes dans ses écrits. La première est la psychanalyse, discipline alors encore peu divulguée en Chine46.

C’est grâce à l’activiste du 4 mai, Fu Sinian 傅斯年 (1898-1950), que Zhang fut initié à la pensée de Freud. Fu avait fait une analyse « mais ensuite, après son retour en Chine, devint philologue au lieu de psychanalyste47 », comme le note Zhang avec surprise. La traduction du Journal d’une jeune fille est une preuve de l’intérêt pour la psychanalyse de la part de Zhang. Freud avait fourni, en 1919, une lettre enthousiaste en guise de préface à ce document qui parle franchement des problèmes érotiques de l’adolescence48. Ce qui a dû attirer le sceptique Zhang dans la psychanalyse est la critique permanente des normes sociales ainsi que le potentiel de transgression tel qu’exprimé dans le rôle qu’y joue la sexualité. En effet, il s’agit précisément du domaine qui a valu à Zhang la plupart des attaques parfois vigoureuses tant de la critique que de ses contemporains. Il nous informe avoir reçu le commentaire d’une lectrice qui lui demandait pourquoi il écrivait de façon si impudique et pourquoi il n’en éprouvait aucune honte. « Je pense qu’il n’y a rien de honteux, parce que je suis un homme de lettres49 ». Sa réponse dans laquelle il se réfère à l’écrivain irlandais George Moore (1852-1933) fait penser à l’idéal de confession absolue qu’avait proposée le genre japonais du shishôsetsu (« conte privé ») de l’ère Taishô50.

Il est vrai que les scènes frivoles sont fréquentes et les remarques machistes peu rares dans les écrits de Zhang ; il a l’air presque amoureux de sa propre métaphore des « seins sous la blouse qui émergeaient comme des mantou51 pas encore levés », tant il s’en est souvent servi52. Mais là où ses lecteurs, parmi les hommes d’Église, pensaient y voir un viol, il s’agit tout simplement d’une scène dans un bordel, décrite en quelques traits rapides, effectivement dépouillée de toutes allusions conventionnelles telles qu’elles se trouvent dans les romans de la fin du siècle. Le héros demeure même épargné et fait preuve de sa conscience sociale en laissant la prostituée mineure raconter son épouvantable histoire : le père enlevé, la mère violée par la soldateska et ensuite coupée en trois morceaux, elle-même vendue à l’âge de 14 ans. « Mais la Constitution de la République interdit la traite des esclaves ! » s’exclame son visiteur, donnant ainsi une idée à quel point les réalités chinoises risquaient d’échapper à la critique sociale.

« De prétendre que la Première pile de lettres amoureuses soit écrite en pensant aux femmes n’est certainement pas faux53 », avoue Zhang après les attaques concertées qu’il a dû subir. Il parle lui même d’une obsession « au style d’A Q » et dans une de ses préfaces s’exclame pathétiquement qu’il devait tout ce qu’il a écrit aux femmes sans hésiter à citer Stendhal comme semblable exemple54.

Dans ce contexte il développe une bizarre et pourtant compréhensible notion de la culture occidentale. Il fait raconter par son ami « Dr Wang » : « Si tu étais en France ou en Belgique, tu n’aurais qu’à te mettre dans la rue, et après cinq minutes tu trouverais une femme qui te plairait. Tu l’amènerais chez toi et vous feriez ce qu’il vous plaît. [...] Ça, c’est la vraie civilisation occidentale. [...] Où s’en sont-elles allées, les belles Chinoises55 ? »

Lié de la sorte à la soif d’expérience physique qui lui a valu l’épithète de « touche-fesse » (mo pigu), il y a aussi l’évident penchant de Zhang pour les personnages célèbres de son époque, surtout ceux du monde littéraire. C’est d’eux qu’il parle dans plus de la moitié de ses esquisses feuilletonistes, tandis que les moins connus doivent se contenter d’initiales en lettres latines. Or, cela nous permet, tenant compte des libertés de mettre en fiction qu’il prend sans nous en avertir, de reconstruire approximativement ses amitiés et les milieux sociaux et intellectuels que lui et son épouse fréquentaient.

Les Pères missionnaires n’ont pas tort de lui reprocher un considérable égocentrisme qui se manifeste en de nombreuses mentions proprement publicitaires de ses autres livres. En effet, et surtout après ses premiers succès, Zhang ne souffre pas de fausse modestie et invoque les commentaires sur les Notes prises sur l’oreiller dues à ses contemporains les plus importants dans le monde de la littérature. Hu Shi : « J’ai acheté ce bouquin et l’ai trouvé très intéressant. » Lin Yutang : « En Chine, il n’y a encore jamais eu de livres comme celui-ci56. »

 

4. Activités conjointes et conclusions

Après les quelques lettres amoureuses aussitôt publiées et adressées réciproquement, nous retrouvons Wu Shutian et Zhang Yiping réunis dans l’édition de livres pour enfants, intérêt qui avait déjà commencé à poindre autour de 1930. Il s’agit d’une bonne vingtaine de volumes qui rarement dépassent les 50 pages, pour la plupart des biographies romancées de personnages historiques, commençant par le premier Empereur et finissant par l’inventeur du triple-démisme, Sun Yixian57. Aurait-ce été une compensation pour ce couple physiquement éprouvé et économiquement menacé par la tuberculose58, un couple qui ne pouvait ou ne voulait avoir d’enfants ? Zhang aurait-il modifié son opinion radicalement opposée au concept de la famille traditionnelle ? Il avait, en 1924, supplié son ami Wang Jingzhi de se méfier du mariage, après avoir appris que celui avait commencé à vivre avec sa compagne He Zhuying : « Je me réjouis, bien sûr, mais d’autre part cela m’effraye aussi un peu. J’ai déjà vu pas mal de jeunes couples proches de moi où, sitôt arrivés dans leur demeure commune, l’homme prend une attitude de mari, tandis que la femme s’efforce de devenir une bonne femme de ménage. Après un ou deux ans, ils ont un enfant, et bientôt toute passion disparaît. [...] Le résultat est le même que dans un mariage à l’ancienne manière59 ». Quelques années plus tard, il nous livre une image paisible et animalière en posant la question rhétorique : « Qu’est-ce que la famille ? Le renard a sa grotte, l’oiseau son nid, les jeunes devraient avoir leur famille60 ». Mais ce n’est pas uniquement à ce niveau, usant d’aphorismes qu’il bavardait çà et là. Il s’agirait plutôt d’un véritable désespoir d’une part lié au cours naturel du développement psychologique, et d’autre part ressenti par un jeune profondément déçu par une réalité qui rend impossible la mise en œuvre des grandes idées de « réformes sociales », c’est à dire celles du Quatre mai. Zhang se serait retiré ensuite et adopte un ton souvent vu comme celui d’un cynique.

Il est peu étonnant que Zhang Yiping n’ait pu jouir de l’appréciation de la part des gardiens d’une littérature orthodoxe. Fréquentes sont ses remarques dédaigneuses et ironiques sur le communisme et les disciples chinois de Marx, mais toujours à un niveau de feuilletoniste qui vise l’effet rhétorique et qui n’est jamais accompagné d’une quelconque analyse approfondie. Pour en donner un exemple :

« Je me souviens de Monsieur Ke. Son père avait de l’argent et nombre de serviteurs, il conservait toute sa fortune en pièces d’argent sous la chaudière de sa cuisine. Or, Monsieur Ke était un authentique disciple de Marx. [...] Il y a quelques années, il m’a longuement parlé de ses principes. Moi je lui ai dit : “Ne me parle pas de principes, de toute manière, tu rentres toujours chez toi pour aller creuser sous la chaudière de ta cuisine”61. »

Son attitude vaguement anarchiste qui se méfie de toute idéologie et encore plus n’en accepte aucune a forcément déplu à toute autorité défendant une orthodoxie : « La Vérité ? Qu’est-ce que la Vérité ? Georg Brandes dit : “D’après Novalis, la vérité (truth) est poésie et rêve ; d’après Shelley, la vérité est liberté”. Moi je pense que d’après Keats la vérité c’est la beauté. La Vérité ? En somme, quelque chose comme la Vérité n’existe pas62 ». Ailleurs, il va encore plus loin dans son scepticisme et cite le néo-hégelien Bernhard Bosanquet (1848-1923) comme témoin, afin de nier l’existence de toute réalité matérielle63. Hormis les indications que Zhang nous donne en formant un petit tour d’horizon de ses sources néo-romantiques, nous voyons se réunir l’Église et le Parti communiste dans une frappante unanimité à le condamner.

Les Pères missionnaires lui décernent une véritable avalanche de superlatifs en l’estimant être « un maître dans l’enseignement du mal », « banal », « stupide », « cynique », « absolument corrompu » et uniquement orienté vers « la satisfaction de ses besoins charnels ». Ils lui concèdent avoir eu du succès en tant qu’enseignant du mal. C’est pourquoi ils classent ses écrits parmi ceux « à proscrire » et même n’hésitent pas à conseiller de « brûler tous ses livres64 », tandis que la critique littéraire en République populaire le classe en « homme de lettre capitaliste [...] qui déclare n’appartenir à aucun parti » (Fujian shida Zhongwenxi 1976). « Politiquement, il devient de plus en plus réactionnaire, pour finir par vénérer les lettrés compradors du genre de Hu Shi et Lin Yutang. En plus, il admirait les “grandes œuvres de la littérature mondiale” » (Ni Moyan 1977)65.

En effet, nous trouvons ici une brève caractéristique du style et du tempérament de Zhang, associée à des courants littéraires, bien qu’elle soit exprimée de manière négative. Incontestablement, Zhang doit à Hu Shi son introduction dans les milieux établis. Et ses textes qui souvent scintillent de la joie de provoquer sont plus près de l’ironie bavarde, et en même temps rhétoriquement plus redevables à Lin Yutang qu’aux romans traditionnellement engagés des écrivains du Nord-Ouest (Dongbeipai) ou aux réflexions théoriques d’un Qu Qiubai (1899-1935) qui suivent les modèles soviétiques dans tous leurs méandres. Par ailleurs, le rythme journalistique et urbain des écrits de Zhang semble même être accéléré par sa mauvaise santé qui souvent le clouait au lit et ne lui permettait d’écrire que de très courtes notes — en fait une « maladie qui fait cracher du sang et dont seulement les poètes peuvent être fiers66 » comme il remarque en se comparant à Keats. Et en ce qui concerne le cosmopolitisme de Zhang, ses nombreuses traductions (toutes faites à partir de l’anglais qu’il a lu intensivement) devraient être rappelées : Cechov, Stefan Zweig et H.G. Wells comptent parmi les auteurs et indiquent sa préférence d’une analyse plus psychologique que sociologique de la condition humaine — traductions sans doute faites avec l’aide de Wu Shutian.

Le cercle dont le couple fit partie semble avoir mené une vie assez bohème dans les années 1924 à 1927 : fréquents furent les banquets et fréquentes les ivresses. Le projet de la revue Mangyuan par exemple, d’après les journaux de Lu Xun, a presque l’air d’être tout d’abord inspiré par l’alcool. C’est en tout cas ce que Lu Xun en retient le 11 avril 1925 après avoir vidé une bouteille avec Gao Changhong 高長虹 (1898-1947), Xiang Peiliang 向培良 (1905-61) et Jing Youlin 荊有麟 (1903-51). L’année 1927 qui vit le groupe rassemblé à Shanghai se termina avec un banquet de jour de l’an où étaient présents les couples Wang Yingxia 王映霞 (1908- ?) et Yu Dafu 郁達夫 (1896-1945), Liao Cuifeng 廖翠鳳 (1896- ?) et Lin Yutang, Wu Shutian et Zhang Yiping, Xu Guangping 許廣平 (1898-1968) et Lu Xun. Ce dernier va noter « grande ivresse, rentré et vomi67 ».

Se terminant dans de tels excès, l’année a, du reste, vu la première et peut-être unique excursion de Zhang au théâtre, avec une pièce intitulée Jour de l’an qui se joue « à la campagne près de Shanghai68 ». Par ailleurs, nous trouvons en compagnie de Wu Shutian et Zhang Yiping un autre couple littéraire devenu célèbre grâce aux Neuf journaux (1927) de Yu Dafu qui avait ostensiblement donné le titre de Journal de la Nouvelle vie aux notes dédiées à son amour qui lui semble « encore plus être un rêve dans le rêve [de la vie]69 » ; tandis que Xu Guangping et Lu Xun n’avaient publié leur correspondance de l’année 1927, plutôt instructive qu’amoureuse, qu’en 1933 sous le titre de Lettres de deux mondes (Liangdi shu). On pourrait, à cette occasion, également évoquer un autre couple qui avait fait le choix radical de porter son amour en public : au poeta laureatus Xu Zhimo et l’actrice Lu Xiaoman (1903-65) avec leurs Notes sur l’amour de Mei (Ai Mei xiaozha70). Or, Zhang doit avoir ressenti une aversion profonde envers Xu Zhimo (1895-1931). Aurait-ce été, de la part de Zhang, l’instinct bien développé du homo novus qui menait une permanente bataille économique, envers quelqu’un qui avait failli devenir le beau-fils de Liang Qichao (1873-1929), qui faisait le cicerone pour les éminents visiteurs du pays, qui voyageait dans le monde entier et qui appartenait vraiment à la « bonne société » du pays ? En tout cas, Zhang ne manque aucune occasion pour exprimer son manque de sympathie pour son collègue : « Un Russe a critiqué les essais de Xu Zhimo en lui donnant un épithète radical : “Il est un peu confus et pas très clair”. En effet, les essais de Xu Zhimo paraissent si concentrés qu’il n’arrivent pas à fleurir71. »

Pourquoi alors Zhang Yiping a-t-il quand même bénéficié, de la part de la critique, d’un tel intérêt mêlé de haine ? Le fait de le laisser dans l’oubli aurait été, pourrait-on croire, une mesure bien plus efficace pour se protéger des soi-disant dangers qui émergent de ses écrits. En ce qui concerne les Pères missionnaires, nous ne pouvons qu’admettre que les nombreuses rééditions sont le reflet d’un vif intérêt chez les lecteurs pour ses thèmes et la forme légère et courte dans laquelle il les présente intérêt apparemment tout sauf temporaire, car la compilation qui lui accorde neuf titres sur 1500 (0,6 %) a été élaborée quinze années après son premier grand succès littéraire.

Pour l’aspect politique c’est encore une fois le grand zhuming zuojia Lu Xun qui nous en fourni le prétexte. En marge de la collaboration pendant quelque temps presque quotidienne dans le cadre de la revue Yusi72, c’est un poème de forme classique dû à Lu Xun, qui, d’après les commentaires, nous renseigne en visant à railler Zhang Yiping et notamment son obsession pour le sexe faible, le troisième d’une série de quatre quatrains moqueurs « Odes mixtes sur les professeurs », écrit avant mars 1933 :

Le monde a sa littérature,
Les jeunes filles leurs fesses ô combien rebondies,
Plus de viande de porc, bouillon de poule à la place
Avec tout ça Beixinqui ferme sa boutique73.

Encore une fois il s’agit d’une ironie étrange que de railler Zhang comme universitaire, lui qui a détesté la profession d’enseignant et n’a parlé qu’ironiquement de son poste de professeur. Dans une scène autobiographique, il récite des parodies de poèmes Tang devant deux étudiants, l’un absorbé par la lecture de la Première pile de lettres amoureuses, l’autre par celle de Luo Ye74. Par ailleurs, ce sont surtout trois thèmes que Lu Xun aborde dans son poème : la récente fermeture de la maison éditrice, les activités littéraires et son attitude envers l’autre sexe qui avait dégoûté Lu Xun — effectivement nous voyons Zhang se plaindre à Wang Jingzhi que, depuis le départ de ce dernier, il se sentait seul. « Les amis de la Filature de paroles sont âgés et n’aiment plus parler de passion et d’amour [yan qing tan ai] », tandis que parmi les autres l’un était malade et l’autre devenu fou75.

Or, les remarques de Zhang ne sont pas toujours tout à fait superficielles et il n’est pas uniquement immergé dans les flots du zeitgeist, mais fait preuve d’une capacité d’analyses aiguës et clairvoyantes — précisément les qualités de journaliste ou justement de « littérateur » souvent sous estimées. Avec entrain, il se réfère à Chen Duxiu en donnant une formule quasi-dialectique des systèmes de pensée les plus vivement discutés à son époque : « La doctrine de Marx peut servir à gérer [zhi 治] l’État, celle de Freud à gérer l’âme [xin 心]76. »

Les procédés dans le « champ littéraire » qui avaient ici servi de point de repère ont aussi joui d’un intérêt particulier de la part de Zhang Yiping. Du reste, en tant qu’éditeur, il se voyait obligé d’établir lui-même une sorte de canon. Plus exactement, quand il dut sélectionner cent auteurs parmi ses pairs pour ses « Morceaux choisis de grands écrivains contemporains77 ». Sur ce thème, l’éditeur d’une nouvelle sélection visant à une réhabilitation partielle de Zhang Yiping admet généreusement « que Zhang avait reconnu le livre comme une marchandise, c’est au moins un progrès78 ». Mais Zhang ne fait pas que répéter quelques doctrines économiques marxistes, il va encore plus loin en proposant même la quantité comme critère dans son analyse du déclin de la Nouvelle littérature : « Nous ne pouvons que constater que sa diffusion diminue [...] et qu’elle n’a, par conséquent, pas pénétré le peuple. » Il observe soigneusement le marché du livre rapportant l’expérience d’un libraire selon lequel la Nouvelle littérature se vend mieux en province, voire dans des villes comme Luoyang, Kaifeng etc., tandis que dans la métropole de Shanghai, la situation n’est pas très bonne. « Dans les régions les plus pauvres et les plus opprimées, les gens ont le plus pressant besoin de lire79 ». Encore une fois, dans ce contexte, il prend son roman traditionnel préféré comme exemple, le Sanguo yanyi « vendu à 10 000 ou 20 000 volumes an par an », et refuse clairement de se mêler des débats actuels ce qui lui a vraisemblablement coûté l’amitié de Lu Xun : « Quoi que prétendent les écrivains prolétaires, ce sont toujours et encore les anciens romans que la classe prolétaire aime lire. [...] Les œuvres littéraires de nos jours, fussent-elles prolétaires ou non-prolétaires, sont écrites pour des jeunes hommes et des jeunes filles à partir du niveau de lycée. [...] Être assis au Huamao fandian et écrire des romans sur les souffrances du peuple, c’est se tromper soi-même et tricher avec les autres80. »

Zhang Yiping garde, du reste, toujours un sens très aiguisé pour distinguer les vrais et prétendus niveaux sociaux de la production comme l’accueil en matière de littérature. Dans un acte d’ironie dirigée envers lui-même, il compose une parodie classique pleine d’allitérations avec le sous-titre « Probablement un poème de cinquième rang ». On voit bien à qui s’adresse son explication introductive : « Je sais bien que de “s’amuser” est une attitude petite-bourgeoise. [...] Les textes littéraires qui décrivent les souffrances des paysans sont classés en quatrième rang, mais les bœufs souffrent encore davantage81 ». C’est le même public dont il se moque, dans une autre occasion, en soulignant son attitude utilitariste qui, « comme Cechov », ne visait à rien qu’à subsister par la composition de textes littéraires : « Mais les lettrés sous le ciel n’ont pas besoin de s’inquiéter, je n’ai pas du tout l’intention d’entrer dans n’importe quel palais des arts ou d’escalader n’importe quel sommet de la littérature82. »

L’histoire de l’oubli de Wu Shutian et Zhang Yiping n’est pas encore terminée.

Seuls quelques uns des livres pour enfants ont été réimprimés à Hong Kong dans les années 50, et même la réimpression d’œuvres choisies de Zhang l’an dernier est soigneusement purgée de toute scène ambiguë. L’édition est justifiée sous l’étiquette de haipai, or en même temps l’éditeur doit concéder que dans les œuvres de Zhang confluent les « courants de la Capitale et de l’Outre-mer83 ».


Notes :

1 Raoul David Findeisen (1958–2017) (Note du Fonds chinois)

2 Avec de minimes modifications selon les courants idéologiques, il s’agit du Panthéon formé par Mao Dun 茅盾, Guo Moruo 郭沫若, Lao She 老舍, Ba Jin 巴金, Yu Dafu 郁達夫, Ding Ling 丁玲, avec Lu Xun 魯迅 en tête. Un périodique de recherche a pour objectif de publier des études sur ce groupe d’auteurs, le Zhongguo xiandai wenxue zhuming zuojia yanjiu (Beijing : Zhongguo renmin daxue shubao ziliao zhongxin). Ce n’est que récemment que la catégorie bibliographique a été abolie. Or les nouvelles normes nationales (GB 3792.2-85, GB 3793-83 et GB 3860-83) en retiennent Lu Xun, de façon qu’avec Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao Zedong il forme la seule classe bibliothéconomique individuelle.

3 Cf. P. Bourdieu : Les règles de l’art. Génèse et structure du champ littéraire, Paris : Seuil 1992, 298-390.

4 Cf. J.-P.Drège : La Commercial Press de Shanghai 1897-1949, Paris : Collège de France. Institut des Hautes Études Chinoises 1978, 32 & 75 passim.

5 Même les récents 4 vol. de A Selective Guide to Chinese Literature 1900-1949 (éd. M. Dolezalová-Velingerová & al., Leiden : Brill 1988-90), dans les trois premiers réservés aux genres littéraires correspondants n’atteignent pas le nombre de 200 auteurs.

6 J. Schyns & al. (éd.), Peiping : Scheut 1948 ; repr. Ridgewood/NJ : Gregg 1965.

7 Peiping : Scheut 1946 ; version chinoise Wenyi yuedan, Beiping, Huairen xuehui 1947.

8 Schyns, I, II & 470.

9 Voir J. Anderson & T.Munford : Chinese Women Writers. A Collection of Short Stories by Chinese Women Writers of the 1920s and 30s, Hongkong : Joint Publishing 1985, 74. La fausse attribution se trouve chez les éditeurs de Lu Xun eux aussi (cf. Lu Xun quanji, Beijing : Renmin wenxue chubanshe 1981, ci-dessous LXQ). Les journaux sont publiés avec une préface par Zhang Yiping (Shanghai : Tianma shudian 1933) et ont vu une 3e édition comme Shutian riji san zhong, peut être commémorative (Chengdu : Fuxing shuju 1943).

10 Cf. Zhen mei shan, 1, et Gumiao ji, Shanghai : Beixin shuju 1929, frontispice. Voir le portrait du couple, ibid., après p. 168.

11 Morte en 1999 (Note du Fonds chinois)

12 Cf. par exemple Zhongguo xiandai nüzuojia [Femmes écrivains de la Chine moderne], éd. Yan Chunde & al., Harbin : Heilongjiang renmin chubanshe 1983. Dans sa préface, Wang Yao rappelle quelques études des années 30 consacrées aux femmes actives dans la scène littéraire : Xiandai Zhongguo nü zuojia par Huang Ying [A Ying] (Shanghai : Beixin shuju 1931), Zhongguo xiandai nü zuojia par He Yubo (Shanghai : Fuxing shuju 1936), Zhongguo nüxing de wenxue shenghuo, Nüzuojia zizhuan xuanji — publications que je n’ai pu consulter. Voir Yi-tsi Mei Feuerwerker : “Women as Writers in the 1920’s and 1930’s”, in : Women in Chinese Society, éd. M. Wolf & R. Witke, Stanford/CA : Stanford University Press 1975, 143-68, et notamment ses indications bibliographiques, 292-3nn2 & 23 où le pseudonyme Huang Ying est attribué à Lu Yin — attribution peut-être tentante, mais fausse (cf. Xu Naixiang & al. [éd.] : Zhongguo xiandai wenxue zuozhe biminglu, 350, qui donne un titre supplémentaire, publié sous le nom de Huang Renying : Dangdai Zhongguo nü zuojia lun, Shanghai : Guanghua shuju 1933).

13 Zhang Yiping : Duanpian huiyi xiaoxu [Avant-propos aux Fragments de souvenirs], in : Gumiao ji, 169-71.

14 [Wu] Shutian : « Fang Lu Xun xiansheng » [Une visite chez M. Lu Xun], in : Wentan yinxiang ji, Ed. Huang Renying [A Ying], Shanghai : Lehua tushu gongsi 1932, 19-22. Lu Xun avait passé ses 43 ans peu de jours avant cette visite. C’est Sun Fuyuan (1894-1966) qui présenta le couple à Lu Xun, frère du peintre et dessinateur * Sun Fuxi qui est responsable de plusieurs couvertures de livres de Lu Xun et passa trois ans à Lyon pour des études en Beaux-Arts (IFCL no 116).

15 Morte en 1999 (Note du Fonds chinois)

16 Feng le de fuqin, in :* Zhen mei shan zazhi yi zhou nian jinian haowai. Nüzuojia hao, Shanghai : Zhen mei shan shudian, 1928, 15 p.

17 « Ji gei - » in : Yusi 39 (10 août 1925), 8. — Je tiens à remercier Rosette Beglinger (Strasbourg) et Jacqueline Saladin (Bâle) de leurs nombreuses propositions concernant la version française du poème.

18 Voir M. Jurgensen : « Was ist Frauenliteratur ? Vorläufige Anmerkungen » Perspektiven, Konzepte, München : Deutscher Taschenbuch Verlag 1983, 13-40. in : Frauenliteratur. Autorinnen, Perspektiven, Konzepte, München : Deutscher Taschenbuch Verlag 1983, 13-40.

19 Voir « Ni jiao wo zenme ban ne ? » [Dis-moi comment faire], in : Yusi 66 (15 févr 1926), 47-51 ; ainsi que les « Bavardages de l’Ancien temple » (« Gumiao zatan » [1925], dans la collection Gumiao ji, 1929).

20 Mort en 1967 (Note du Fonds chinois)

21 « Zhongguo xiandai de nü zuojia », in : * Zhen mei shan, 44.

22 « Diaoyu tai » [Terrasse de pêche (à Pékin], in : Cuncao xin, Beijing : Xinyue shudian 1927 ; cité d’après Zhang Ruoyu, 43. Chen Xuezhao fit des études en France dans les années 1927/28 et 1929-35 (thèse Clermont-Ferrand) et envoya, elle aussi intéressée par le dessin, à Lu Xun plusieurs volumes d’illustrations.

23 LXQJ 14 : 735 passim.

24 Grand Larousse encyclopédique, 1960-64, 7:7. Tr. avec Lin Xueqing et publiée comme Ku’er nuli ji (Shanghai : Ertong shuju 1933). Il en existait déjà une version en wenyan par Bao Tianxiao (1876-1973).

25 « Baikehesite nüshi » [Mme Parkhurst], in : Gumiao ji, Shanghai : Beixin shuju 1929, 31-57 ; Yiping wencun (di er ji) [Œuvres de Zhang Yiping, 2e collection], Shanghai : Lehua tushu gongsi 1933, 190.

26 Fanyi lun, Shanghai : Guanghua shuju 1933.

27 Les Trois Royaumes (note du Fonds chinois)

28 Voir « Wo de dushu de jingyan » [Mes expériences de lecture], in : Zhongguo xiandai sanwen xuan, Beijing : Renmin wenxue chubanshe 1982, 2 : 166-70 ; cf. aussi * Youqing, Shanghai : Beixin shuju 1930, 61.

29 « Di yi ge lianren » [Premier amour], in : Yusi 47 (5 oct 1925), 53-6.

30 Chinois vernaculaire, par opposition au chinois classique (Note du fonds chinois)

31 La Jeunesse, revue fondée en 1915 par Chen Duxiu et qui devint (de 1923 jusqu’à 1926 où elle cessa de paraître) l’organe du Parti communiste chinois. (Note du fonds chinois)

32 Cf. Hu Songping : Hu Shi xiansheng nianpu jianbian [Biographie chronologique abrégée], Taibei : Dalu zazhi she 1971, 18-19.

33 * Youging, 10-1 — hypothèse vivement affirmée par le héros du premier chapitre de Weicheng (1947 ; La forteresse assiégée, trad. par Sylvie Servan-Schreiber, 1987) de Qian Zhongshu.

34 « Jianyue de youlü », in : Chenbao fukan, 10 nov 1922.

35 A Ying (éd.) : Zhongguo xin wenxue daxi. Shiliao suoyin, Shanghai : Liangyou tushu gongsi 1936, 221.

36 Cf. « Hai shang tongxin » [Lettre à Zhou Zuoren, datée « le jour après le mariage de Jiang Jieshi et de Song Meiling », i.e. 2 déc 1927], in : Yusi vol 4, 1 (17 déc 1927), 47.

37 « Jiu shu xin xu » [Nouvelle préface à un ancien livre], in : Yusi vol 4, 10 (5 mars 1928), 35.

38 Publié in : Na literaturnom postu [Au poste de garde littéraire], vol.2 (Moscou 1927), éd. par Aleksandr Konstantinovich Voronskij (1884-1937), avec des illustrations par « Mrs. Lorskaya ». Cf. LXQJ 11 : 530-1. C’est la même équipe qui avait déjà pris soin d’une version russe de la Véridique histoire d’A Q par Lu Xun (cf. Ge Baoquan : “A Q zhengzhuan” zai guowai [“La véridique histoire d’A Q” à l’étranger], Beijing : Renmin wenxue chubanshe 1981).

39 Jiu shu xin xu, 36. En effet, les activités peu orthodoxes de cet éditeur russe, antagoniste de Lunacarskij, lui ont valu la déportation puis la mort dans un des goulag staliniens. Cf. K. & R. Eimermacher (éd.) : Dokumente zur sowjetischen Kulturpolitik 1917-1932, Stuttgart : Kohlhammer 1972.

40 « Hai shang tongxin », 47.

41 Zuowen jianghua (Shanghai : Beixin shuju 1931) et Xiucixue jianghua (Shanghai : Tianma shudian 1934).

42 Cf. lettre de Lu Xun à Xu Guangping du 24 mai 1929, 132 in : Liangdi shu, LXQJ 11 : 308.

43 « Literary Anecdotes » et « Of Modern Chinese Writers » in : China in Brief (sous-titre Zhongguo jianbao), vol 1, 8 (29 juil. 1931), 14 et 16.

44 Cf. Lu Xun jiu shi huishi, 2 :499-500. Il s’agit de la parodie Xiao Zhu Bajie, écrite d’après le roman Xiyou ji (La Pérégrination vers l’Ouest) par Zhu Yangshan, peut-être d’après quelques sources peu fiables, un pseudonyme de Zhang Yiping.

45 Cf. The Hoover Institution. Catalog of the Chinese Collection, 20 : 345 ; voir aussi Quanguo qikan lianhe mulu 1833-1949, Beijing tushuguan 1961, 114. Il est fort possible qu’à cette occasion Zhang tâcha encore une dernière fois de reprendre contact avec Lu Xun qui le 24 juillet 1933 note dans son journal avoir reçu une lettre de la maison éditrice du périodique (in : LXQJ 15:91).

46 Voir Lin Jicheng : « Fuluoyide xueshuo zai Zhongguo de zhuanbo 1914-25 » [La diffusion de la doctrine de Freuden Chine], in : Ershiyi shiji 4 (avr 1991), 20-31. Une récente étude (Zhang Jingyuan : Psychoanalysis in China. Literary Transformations 1919-1949, Ithaca/NY : Cornell University East Asia Program 1992) ne fait que mention de Zhang en tant que traducteur du Tagebuch eines halbwüchsigen Mädchens (voir ci-dessous, n41), tout en soulignant le connexe publicitaire de « Freud et sexualité » dans la Chine des années 30, mais ne s’occupe pas des textes littéraires de Zhang, pourtant richissimes du point de vue du sujet proposé (voir p. 33n83 & 155n5).

47 Suibi san zhong, Shanghai : Xiandai shuju 1934, 142.

48 Shaonü riji (2 vol., Shanghai : Beixin shuju 1927), tr. avec [Zhang] Tiemin (1899- ?), cousin lointain de Zhang. L’original Tagebuch eines halbwüchsigen Mädchens (Wien : Internationaler Psychoanalytischer Verlag 1919) fut d’abord publié anonymement, mais est dû à la psychanalyste Hermine Hug-Hellmuth. C’est un article de Zhou Zuoren qui avait attiré l’attention de Zhang sur cet ouvrage (Qiming [Zhou Zuoren] & Daxian : « Women de xianhua » [Nos causeries], in : Yusi no 80 (24 mai 1926) ; cf. « Shaonü riji de yuanxu he xiaoji » [Préface originale et petite note pour le « Journal d’une jeune fille »], in  : Yusi 121 (5 mars 1927), 5) — Je dois l’identification du texte au Professeur Peter Heller (SUNY at Buffalo, New York).

49 Suibi san zhong, 62-3. Chez Moore, la phrase continue avec « It is my profession to be ashamed of nothing but to be ashamed. »

50 Voir I. Hijiya-Kirschnereit : Selbstentblössungsrituale, Wiesbaden : Steiner 1981.

51 Mantou : petit pain rond, cuit à la vapeur (Note du Fonds chinois)

52 * Youging, 42 & passim.

53 « “Qingshu yi shu” san ban xu », 278.

54 « “Shen shi” zixu » [Préface à « Engagement solennel »], in : Yusi 36 (20 juil 1925), 133.

55 *Youging, 7.

56 Zhen shang suibi, Shanghai : Beixin shuju 3e éd. 1930, postface.

57 ou Sun Yat-sen (1866-1925) (Note du Fonds chinois)

58 Une lettre de Zhang adressée à Lu Xun fin avril ou début mai 1925 donne de nombreux détails sur les consultations médicales et leurs frais (in : Lu Xun, Xu Guangping suo zang shuxin xuan [Choix de lettres gardées par Lu Xun et Xu Guangping], éd. Beijing Lu Xun bowuguan, Changsha : Hu’nan wenyi chubanshe 1987, 67-9).

59 « Bu yao zuzhi jiating » [Ne formez pas de ménage, 16 juill. 1924], in  : Zhang Yiping ji : Suibi sanzhong ji qita, éd. Xu Daoming & Feng Jinniu, Shanghai : Hanyu da cidian chubanshe 1993, 98.

60 *Youging, 16.

61 Suibi san zhong, 7-8. Pour « Monsieur Ke », il s’agit probablement de Ke Zhongping (1902-64), lui aussi collaborateur régulier à la revue Yusi. Il sert de la même formule que son compatriote Hu Shi dans le fameux article « Cherchez plus de solutions aux problèmes, parlez moins de principes » (« Duo yanjiu wenti, shao tan xie zhuyi », in : Meizhou pinglun 31, 20 juil. 1919, 1-2).

62 Suibi san zhong, 47.

63 Suibi san zhong, 67

64 Schyns, 208-9.

65 D’après Lu Xun jiushi huishi [Commentaires rassemblés aux poèmes de Lu Xun écrits en ancien style], éd. Wang Yongpei & Wu Xiuguang, Xi’an : Shaanxi renmin chubanshe 1985, 2 : 496-500.

66 « Hai shang tongxin », 48-9.

67 LXQJ 14 : 686.

68 « Guonian », in : Yusi vol 4, 3 (31 déc. 1927), 15-23 ; 5 (14 janv. 1928) ; 6 (21 janv. 1928), 5-10.

69 Riji jiu zhong, « Xinsheng riji » 25 févr. 1927, in : Yu Dafu wenji, Guangzhou : Huacheng chubanshe 1984, 9 : 83.

70 « Mei » est la transcription chinoise du nom anglais « May » que Xu avait donné à Lu. Même les Pères estiment « rafraîchissants et élégants » ces journaux un peu exaltés et, par conséquent, n’y voient pas de dangers. (Schyns, XXIV).

71 Suibi san zhong, 28-9. C’est son traducteur S.H. Polevoy qui lui fournit le commentaire.

72 Une récente étude parle longuement d’un article « sur les intellectuels » promis pour Yusi, mais jamais écrit (Gong Mingde : « Zhang Yiping yu Lu Xun », in  : Lu Xun yanjiu yuekan 12/1993, 52-6).

73 « Jiaoshou za yong », LXQJ 7 : 435 (L’auteur remercie Michelle Loi [Paris] d’avoir bien voulu lui fournir cette traduction). Les autres quatrains visent le « sceptique de l’antiquité », Qian Xuantong (1887-1939, Beida), le chroniqueur de la scène littéraire, Zhao Jingshen (1902-85, Fudan daxue) et le traducteur et collaborateur d’un grand dictionnaire Anglais Chinois, Xie Liuyi (1896-1945, Fudan daxue). Zhang a aussitôt écrit une réplique « Daxue jiaoshou » [Professeurs d’université], in : Qiufeng ji, Shanghai : Hecheng shuju 1936.

74 Nous ne savons pas s’il s’agit du conte d’amour de Guo Moruo, de la collection d’essais de Xu Zhimo, ou même de l’anthologie de poésies Luo ye ji publiée par Sun Xiong, tous parus en 1926.

75 « Peng chang » [Flatterie, 17 mai], in : Yusi 80 (24 mai 1926), 165-6.

76 Chuang xia suibi, préface, 2. Comme œuvres principales des deux penseurs, il fait mention de Das Kapital et de Traumdeutung.

77 Dangdai mingjia xiaoshuo xuan, Shanghai : Hanwen zhenkai yinshuju s.d.

78 Xu Daoming : Qianyan, in : Zhang Yiping ji, 8.

79 Suibi san zhong, 61.

80 Yiping wencun, 190-1.

81 « Niu shi yi shou » [Un poème de bœuf], in : Yusi vol. 4, 8 (4 févr. 1928), 17-20.

82 « “Qingshu yi shu” san ban xu » [Préface à la 3e édition de la Première pile de lettres amoureuses], in : Yusi 113 (1927), 278.

83 Voir Zhang Yiping ji, 6-7.