Tsen Tsonming (1896-1939)

Tsen Tsonming (Zeng Zhongming) est né à Fuzhou en 1896. Il est, très jeune, orphelin de père et élevé par sa mère et son frère aîné. Tsen Sing (Zeng Xing), la troisième fille de la famille, épouse à dix-huit ans un fils de la famille Fan (Fang) qui décède peu après, la laissant veuve. Tsen Sing et Fan Tchunying (Fang Junying), la septième fille de la famille Fan, partent ensuite faire des études au Japon.

Au Japon, Fan Tchunying et Tsen Sing adhèrent ensemble à la Ligue jurée (Tongmenghui) et vouent leur vie à la révolution. D’une grande droiture, elles étaient tenues en haute estime par le Dr. Sun Yat-sen. En octobre 1911, survient le soulèvement de Wuchang, qui embrase le pays tout entier et fait abdiquer le pouvoir mandchou.

La République de Chine est née. Ne souhaitant pas devenir hauts fonctionnaires, elles décident de partir étudier en France où se trouve un jeune couple de révolutionnaires : Wang Jingwei et Chen Bijun. Tsen Sing emmène avec elle son petit frère âgé de seize ans, Tsen Tsonming ; Fan Tchunying, sa petite sœur de quatorze ans, Fan Tchunpi (Fang Junbi).

À cette époque, Cai Yuanpei, Li Shizeng et d’autres encore se trouvent déjà à Montargis, au sud de Paris, où sont également installées les familles Tsen, Fan et Wang. Tsen Tsonming et Fan Tchunpi sont pensionnaires au lycée et rentrent dans leur famille chaque fin de semaine. En dehors des cours intensifs de chinois classique que leur donnent Cai Yuanpei et Wang Jingwei, ils étudient aussi la calligraphie et la prosodie chinoises.

À la fin de leurs études secondaires, Tsen Tsonming se tourne vers des études de littérature tandis que Fan Tchunpi entre à l’École des beaux-arts de Paris. Les deux camarades tombent amoureux l’un de l’autre et se marient au Lac d’Annecy. En 1930, après dix-huit années passées ensemble en France, ils rentrent en Chine.

Wang Jingwei est alors président du Conseil exécutif du gouvernement nationaliste, Tsen Tsonming épouse aussi la carrière publique. Mais en raison de sa profonde nature de poète, il n’aime pas le pouvoir et lui préfère les arts. Son cercle de relations amicales est composé d’écrivains et de peintres. Il rassemble textes, calligraphies et sceaux dans son Pavillon de l’harmonie conjugale, parmi lesquels quantité de chefs-d’œuvre.

Le Japon envahit la Chine en 1937, la moitié du pays tombe aux mains de l’ennemi ; le gouvernement nationaliste quitte Nankin pour Chongqing. La deuxième guerre mondiale n’est pas encore déclarée et la Chine se trouve isolée. Wang Jingwei estime qu’il n’y a pas d’espoir de victoire. Il quitte Chongqing pour Hanoi et déclare dans le « télégramme du 29 décembre 1938 » que la seule issue est la négociation avec l’occupant japonais. Son intention première était de partir aussitôt après en Europe accompagné de Tsen Tsonming. Le 20 mars 1939, la veille de son départ pour l’Europe, Tsen Tsonming téléphone à son épouse pour lui demander de quitter Chongqing et de venir à Hanoi, avec leur fils. Il souhaite, en effet, leur faire ses adieux. Le soir même de leur arrivée, des agents du Guomindang, croyant assassiner Wang Jingwei, blessent par erreur Tsen Tsonming et Fan Tchunpi. Lui, alors âgé de quarante-trois ans, succombe à ses blessures ; elle survit aux siennes.

Fan Tchunpi, veuve pendant la moitié de sa vie, ne se remarie pas et se consacre entièrement à la peinture. Jamais elle n’oublie Tsen Tsonming : « Nos sangs ont coulé ensemble, une moitié de moi est morte avec toi, une moitié de toi est restée en moi. »

Dès la fondation de l’Institut franco-chinois en 1921, Tsen Tsonming, alors âgé de vingt-cinq ans, occupe le poste de secrétaire général. Il est le lien entre les étudiants et les autorités locales pour tout ce qui relève des études. Le bon fonctionnement de l’établissement est dû en grande partie aux efforts de Tsen pour maintenir l’harmonie et l’esprit de coopération entre Chinois et Français.


Chu Minyi (1884-1946) | L’histoire de l’IFCL


Remerciements : Département des Études chinoises - Université Jean Moulin Lyon 3, établissement propriétaire du fonds de l’Institut franco-chinois de Lyon.

Crédit photographique : Bibliothèque municipale de Lyon, Didier Nicole.