Le printemps

du numérique

du 27 mars au 10 avril 2021

Les travailleuses du clic

Les clics inaperçus : quand Internet complète les revenus.

En effectuant des mini-tâches sur Internet, comme par exemple parcourir des sites ou répondre à des sondages ou des enquêtes, des milliers de personnes arrondissent leurs fins de mois. Les travailleuses du clic sont payées à la tâche, pour chaque clic, pour gagner de quelques centimes à quelques euros. En échange, les marques (alimentaires, vestimentaires) ont des réponses pour mieux cibler les consommateurs.

Comment le devenir ?

Parfois par simple hasard à travers une annonce. Quelquefois en faisant des recherches sur Internet pour un travail facile et rémunéré. L’internaute aperçoit ses annonces faites par des sociétés comme Lionbridge qui est une entreprise proposant des services de traductions, création de contenu etc., à des marques.
En quelques clics, une adresse mail est créée et l’internaute est dirigé vers un site qui répartit le travail. En plus de répondre à des sondages pour aider des marques, les tâches sont aussi faites pour améliorer les algorithmes.


Pourquoi parler de « travailleuses du clic » ?

PNGIl est en effet de plus en plus possible de mettre le terme au féminin puisque cela concerne plus souvent les femmes, avec un emploi/une activité professionnelle la journée ou des mères au foyer.

Cela semble facile : il suffit de rester chez soi, avec une connexion internet, et trouver le temps de cliquer. Tout cela quand la travailleuse du clic le souhaite : plus elle passe de temps à cliquer, plus elle a d’argent. Pourtant, il arrive de se connecter pour travailler et ne pas trouver de tâches à effectuer. Il faut donc se connecter à d’autres moments dans la semaine.


Profiter des inégalités

Les femmes interrogées témoignent le plus souvent anonymement puisque, par exemple, Google demande une totale confidentialité des activités, allant jusqu’à interdire de travailler dans des espaces publics. Elles expliquent utiliser ce système, (supposément libre de contraintes horaires) pour compléter des fins de mois. Effectivement, en aucun cas, le travail qu’elles font ne peut, en théorie, devenir un véritable emploi, qui serait bien trop précaire. Rappelons que la tâche est payée quelques centimes dans la plupart des cas, parfois quelques euros. Si certaines femmes en France cliquent pour compléter des revenus, cela peut devenir un métier, comme à Madagascar. Ces offres sont alléchantes : les sites proposent du travail pour aider des jeunes femmes d’Asie et d’Afrique à avoir des revenus stables et à aider des personnes en difficultés lorsqu’elles ne trouvent pas d’emplois. Puis, la réalité du travail s’impose : travailler 6 jours sur 7, 48 heures par semaine pour environ 200 euros par mois. Remplir environ 800 tâches en une semaine pour 30/40 euros

Aucune obligation de salaire minimal pour les travailleuses du clic

En plus de ce très faible revenu, l’isolement de ces femmes est important : la plupart n’ont aucun contact avec d’autres « collègues » et ne rencontrent pas ceux pour qui elles travaillent.
Nous avons dit plus haut qu’il n’y avait pas de régulation et donc… aucune protection. Puisque le travail reste invisible, qu’il n’est pas reconnu comme tel, il n’y a pas de réels moyens de s’opposer à quoi que ce soit, si, par exemple, le revenu ne vient jamais ou alors si un site décide de ne plus collaborer avec une personne. Il n’y a pas de préavis, pas de contrat.

Pour résumer, les tâches ont un aspect simple pour aider des grandes marques, des industries, des entreprises ou encore des sites et des algorithmes, à être plus performant, rapide, précis, efficace, pour mieux vendre ou encore pour mieux servir et informer les internautes/clients. Il peut s’agir d’un moyen facile pour gagner un peu d’argent de côté, cependant l’activité reste très précaire et ne permet pas de vivre correctement.
Nous observons bien ici un paradoxe  : utiliser un système archaïque pour être innovant. Pour être toujours plus rapide, fournir des services et des informations instantanément. Pour pousser toujours plus loin la modernité (en améliorant les algorithmes) les marques et sociétés ont besoin de personnes (comme les travailleuses du clic) qui font du travail très simple.

Nous sommes ainsi face à une innovation toujours poussée au maximum qui vit grâce à des petites mains, des petits clics.
L’influence et la nécessité au quotidien d’Internet continue de grandir : des métiers, comme les travailleuses du clic, vont ainsi logiquement persister, et même s’étendre. Il faudra alors réfléchir de manière plus approfondie de gérer les flux immatériels et de protéger les travailleurs du net ainsi que les utilisateurs.


Pour aller plus loin

Documentaire mini web-série "Invisibles - Les travailleurs du clic"