Tremplin poétique 2018

Poèmes sélectionnés par le jury 2017

Tremplin poétique 2017

La poésie est une langue vivante !

Vous avez été plus d’une centaine à nous envoyer des textes pour cette édition 2017 et le travail du jury a été rude (et long) pour sélectionner la vingtaine d’entre-eux qui ont été lus en public le 10 mars dernier à la Médiathèque du Bachut.
Une sélection qui rend bien compte d’une parole poétique vivante, libre et connectée au réel et au monde d’aujourd’hui. Un moment de lecture qui a donné à entendre tous les accents de notre ville et de la vie.

Un matin de montagne

La note aigüe entre les branches,
Fait danser le sapin à la raideur de planche.
Le long de ton tronc glisse une goutte de miel,
Bulle d’or qui coule et teinte au soir le ciel.

Des champs, nappés de crème au beurre ;
Œufs à la neige qui battent les skieurs.
Serpent de nuage, qui lèchent les vallées,
Langue d’avalanche qui dévalent les rochers.

Dans un vallon perdu, pousse un framboisier
Où les ronces emmêlées
Forment un perchoir où les oiseaux picorent.
Sous la mousse, les ceps restent tapis, encore.

Agathe T.


Il y avait un atelier fumant où
l’amante en terre cuite faisait tourner les pots ;
où l’amante enfumée
s’allongeait dans le jour comme un poteau en fer les jours de canicule.

Un homme âgé, la barbe en nuage pluvieux, a déroulé ces mots
et le bout de ses doigts en direction du sud :

« Une calanque sombre creusée dans le dos où s’engorgeaient les ombres
et de maigres lumières ;
et plus loin dans le temps, dans le fond d’un tiroir, s’est engagé
le pas de ma dernière faim.

Et depuis où est-il, ce trullo qui me hante ? »

Alexandre B.


Spirale parole

Tout autour de la parole,
Il y a,
Le ciel sous les nuages
Se rétrécit, se soulève, il tempête
Mais sans se dissiper, fuit

Il y a,
L’ombre de celui qui crie, en sourdine,
Elle bouge, se projette, s’aggrave, se raidit,
Reste collée au mur, comme une affiche qui dépérit,

Il y a,
La maladie qui se promène,
Dans ces résidences corporelles,
Sans carte, sans fleurs, sans vis à vis

Il y a,
La perfide ignominie, la garce,
Dans ces beaux habits qui prend appui,
Sur des bouts de rêves, troués d’ennui

Il y a,
Les coffres forts, de ces beaux trésors,
Gardés par le Cerbère,
Solitaire, grabataire, atteint d’une infection pulmonaire

Et,
Au cœur du silence,
Le babillage du nouveau – né

Amel M.


« Prendre une parole,
Comme la porte :
En plein nez »

Emilie C.


Helas

Hélas, hélas élastique
Mon cœur n’est pas extensible
Même suspendu au portique
Faire le pas m’est impossible

Hélas, hélas élastique
Ma vie ne tient qu’à un fil
Prendre ou ne pas prendre le risque
Tu sautes ou tu te défiles

Hélas, hélas élastique
Comment vaincre la peur du vide ?
Pas d’solutions au lexique
La réponse est dans ton bide

Hélas, hélas élastique
J’adresse ici les honneurs
A vous plongeurs héroïques
Qui osez tutoyer la peur

Hélas, hélas élastique
Bye bye Ponsonnas-Le-Pont
Et son garde-fous mythique
Et moi j’en garde la raison.

Eric A.


Mauvais coté

Mon histoire c’est du banal.
Aucun projet : ça, ça fait mal.
J’avais pourtant hâte de grandir.
J’m’imaginais même un avenir :
Des p’tites galères pour l’anecdote
Puis des succès en antidote.
Je n’y crois plus.

Je suis plein de vide.
Mal rempli.
Manque d’intérêts.
Indifférence et violence,
Moi c’est ça mon engrais.
Des idées reçues,
J’extraie le meilleur jus
En un nectar raciste ;
Imbécile
Du meilleur cru.
Distillant
Le crachat de mes courtes vues.
J’me cherche un guide pour jouer les insolents.
Me manque une cause à servir, un bel argument.

Toutes mes rancœurs s’empilent en couches,
Forment des strates en rangs serrés,
Murs de chagrin massifs et lourds,
Infranchissables à en crever.
Je sais la colère sale qui touche
Du plus faible au mieux éduqué :
Cette ordure-là, c’est bien la mienne,
Tapie en moi, mal jugulée.
On peut l’éteindre cette foutue haine
Qui alimente tous les charniers ?

En rêve, je pars, je m’approche d’eux …
De ceux qui s’parlent ou vont par deux.
J’voudrais les suivre, voir par leurs yeux
Ce que c’est qu’de vivre, ailleurs, heureux.
Puis je vomis ce goût amer
De bonheur fade qu’on exagère
Qu’on n’brandit pas en bannière.
Et j’y reviens régulièrement,
De réguliers dérèglements,
Du bruit, des cris, de ces mouvements Qui soubresautent et passent le temps.
Nous on s’agite, on parle sec.

On brasse du vent, surtout on reste En groupe, en meute
Bruyants,
Infects
De solitude
Blême
et muette

Faustine B.


J’aime les plates-bandes qui bordent mes espaces

J’ai peur de certaines bandes.
Mais pas de toutes !

J’aime les bandes molletons dans lesquelles glisser mes petits petons.
J’aime les bandes-bandeaux qui retiennent mes cheveux.
J’aime les bandes d’amis qui jouent, qui chantent, qui rient.
J’aime !

J’aime les bandes protégées sur lesquelles passer.
J’aime les plates-bandes qui bordent mes espaces.
J’aime les bandes de protection.
J’aime les bandes.
J’aime. J’aime.

J’aime les bandes… et les plates-bandes…, aussi.

Françoise J.


Je suis complètement humain
dans les vitres du train qui file vers Vintimille
des femmes sans doute fantastiques au lit sentent comme passer un doux silence
la méditerranée tire son long trait fin d’horizon derrière les supermarchés
d’autres femmes parlent de l’avenir des enfants
je sommeille et tiens un oeil ouvert sur le balcon de leur poitrine
celle-ci est plus jeune que ma femme la nuque dégagée
mais bien moins distinguée
celle-là a de longs doigts très fins où glissent mes pensées
sa beauté inclut l’univers tout entier comme une bonne mort
la joie respire qui frappe ses ailes sur les vitres du train
sur les plages des hommes font leur jogging et l’addition des choses à désirer
je ferme les yeux sur la parfaite ordonnance de mon âme
impatiente de tisser les liens qui me ramèneront vers notre amour
je suis complètement humain
dans les vitres du train qui file vers Vintimille

Frédéric A.


Tukpataaa

Danser danseurs
Dans la ronde des couleurs violentes
Tukpataaa
Frapper frappeurs
Des mains soldies et rugueuses
Quand dore le soir
Tukpataaa
Rouler rouleurs
Des célèbres crins de cheval
Des chasses-mouches ondoyant comme la foudre
Tukpataaa
Gronder grondeurs
Des tams-tams au ventre creux
Comme les enfants qui ont faim
Tukpataaa
Godiller godilleurs
Fiers guerriers endiablés
Que le diable vous emporte
Tukpataaa
Suer sueurs
Plus de pleurs et à vos mouchoirs
Que tonnent les fusils des noirs
Tukpataaa

Envoyer envoyer
Les longues palabres
Sous l e s palétuviers ombragés
Tukpata
Entendez entendez
La voix mielleuse des puces d’eau
Qui le soir fendent l’eau de leur étrave
Tukpata
Tonner tonner
Les soirs orageux
Où rien ne va plus aux toitures
Tukpata
Tétez tétez
Chatons au lait du soir
Quand dorment les moineaux
Tukpata
Buver buver
H i r o n d elles au haut vol
Reines du looping
En venant tangenter l’eau claire
Tukpata
Dormez dormez
Maintenant
Que la nuit vous porte conseil
Tukpata !

Rythmer rythmer
Les pagnes sont ceints
Aux reins feres
Tukpata
Battez battez
Dans vos cris affreux
Tukpata
Donner donner
De la voix enfants
Des terres arides
Tukpata
Marchez marchez
Au clair de lune
Le soir quand tout se meurt
Tukpata
Voyer voyer
Comme les génies sifflent
Dans la nuit où les crapauds crient
Tukpata
Ecoutez ecoutez
Le murmure des griots Noirs
Du Niger, du Mali, Du Fouta
Tukpata
(tams-tams)

Gabriel F.


Composition poétique 3 Monostiches

« Chemin de traverse pulmonaire cherche pavillon pour résidence auriculaire. »

Gaëtan R.


-Elle-

Elle se brise,
vole en éclat dans les verres,
fait rougir les convives,
renverse les sourires,
fait balbutier les mâchoires,
déride les paupières,
fait suer les phalanges,
grincer les ongles.

Les regards s’écroulent dans l’assiette,
les allumettes craquent,
la fumée s’envole, les poumons s’emplissent,
les bronchioles s’enflamment,
les sinus sifflent,
les doigts jaunissent.

L’enfant cri dans ce brouillard artificiel.

Elle brise les certitudes,
amenuise les habitudes,
élève,
s’élève.
Au dessus de tous,
en dessous de tous,
tousse.

Jérôme G.


Ce serait une belle nuit
La nuit qui ferait se déployer
Le recroquevillé.
Une nuit
fut-elle la nuit des temps
Pour ce froissement de cendres
Dans les plis
De ce que l’on avait laissé pour mort.

Josiane G.


Rendre la parole

Je suis bavarde et je la prends,
Je suis bavarde mais je la rends.
Sans la parole, la vie ne serait rien,
Elle n’avancerait pas.
La parole des adultes,
La parole des enfants
Font changer des décisions,
Des décisions auxquelles il faut réfléchir.
La parole des arbres c’est nous faire respirer,
La parole de l’âme c’est nous faire aimer.
Mais peut-importe notre parole, il faut toujours la rendre.

Lola DR.


Tout autour de la parole,
Il y a la voix et la mémoire,
Le souvenir d’enfance,
Qui nous revient en lumière,
Mémoire dans le silence de la chambre,
Au cœur du silence, il y a le calme

Marie-France L.


C’est fout comme
L’année est court
Si les enfants était des adult.
Si les fleurs était des arbres.

Moussa N.


Injonctions

Ne rien pipeter à la bouche. Ne pas ouvrir l’appareil. Ne pas plier. Ne pas avaler. Ne voyagez
pas avec votre chien. Ne raccordez pas l’antenne à une antenne extérieure. Ne montez pas
pendant le bip sonore. N’abîmez pas les sièges. Ne forcez pas les portes. Ne communiquez
jamais votre mot de passe.
L’échelle est réservée aux plateaux. On ne visite pas la sacristie. Les bulbes ne sont pas
comestibles. On empile les chaises tous les jours, merci.
Pour se rendre à l’étage désiré, appuyez sur le bouton correspondant. Surveillez la longueur
de la mèche. Maintenez les enfants éloignés de la porte. Ne vous séparez pas de vos affaires
personnelles. Supprimez les mentions inutiles. Veuillez vous adresser à un personnel
qualifié. Regardez sous votre siège et aux alentours. En cours d’utilisation faites des pauses
de dix à quinze minutes toutes les heures. Il y a des risques d’incendie, d’explosion et de
brûlure. Utilisez toutes les portes des rames. Evitez de jouer si vous êtes fatigués ou si vous
manquez de sommeil. Gagnez une semaine de vacances. Laissez monter avant de descendre.
Lisez l’évangile. Respectez les polarités. Mélangez délicatement. Préparez vous à changer.
Abonnez-vous. Pratiquez une activité physique régulière. Affirmez votre différence littéraire.
Gagnez des places. Piétons, passez en face. Fournisseurs, frappez fort. Mettez vos lunettes.
Rectifiez l’assaisonnement. Cédez votre place.
Et merci
De ne pas réparer les livres vous-mêmes.

Les stars de cinéma

les garçons de café les techniciens de surface les goûteurs de vinaigre
les ramasseurs de balles les stars de cinéma les applaudisseurs
professionnels les prestidigitateurs les gars de la marine les rongeurs en
tout genre les stars de cinéma les danseuses de flamenco les faiseurs
d’histoires les photographes les ouvreuses les serveuses les coureuses
en jupon les stars de cinéma les vendeuses de caleçons les chefs de
gare les capitaines de vaisseaux les hisseurs de drapeaux les
éplucheurs de pommes de terre les anti-pacifiste les alter-mondialistes
les coupables les pilotes de chasse les stars de cinéma les petites filles
dans les rues les tireurs d’élite les photographes amateurs les stars de
cinéma les sans-abris les vacanciers sur leur route les stars de cinéma
les commerçants dans leur boutique les sans-cœur les stars de cinéma
les stars de cinéma les stars de cinéma

Patrick B.


By By Ordi

Hélas, hélas
Mac à la casse
Plus de free rendez vous
sur nos doux wanadoo
pour nos baisers virtuels.
Nous convoquions alors à l’envie, à l’instant,
nos amours en temps réel.
Mais hélas nos tendres couriels
furent navrés
d’un virus cruel.
Ou sont ils donc nos poulets numériques
d’amoureux impatients,
nos kilo octets frénétiques
mais ou sont nos email d’antan ?
Bah ! Des courriels n’en parlons plus,
j’écrirai à présent mes messages
directement sur ta peau nue
dans la free box de ton corsage.

Velux

Je rêve de ton lit bateau
baigné par la lumière du toit.
Par un jour de canicule
me jouant de ton émoi
je te tiendrai sous ma ferule ;
Tour à tour, prisonnière ou maîtresse,.
Je te rêve, voluptueuse et lente.
Anéantie sous mes caresses.
Et fouillant sous tes dentelles
je goûterai ; sur ta peau
les parfums musqués du luxe,
offre moi oh ma chamelle
la luxure sous ton vélux.

Patrick M.


Je ne sais pas,
On n’est pas bien,
On est mal, on a froid,
On n’arrive pas à dire les mots entiers,
On sent qu’on n’est pas bien,
Mais quand on a réussi à dire les mots entiers,
On est mieux,
On n’arrive pas à s’exprimer,
On n’arrive pas à dire les phrases complètes,
On n’ose pas dire

Renée M.


- Les vagues battent des jambes -

Des mains singulières ces autres presque tout comme toi s’affolent en pures peurs d’un
fond relégué en carcasses s’affolent en énergie là où ça ne gît pas là où ça ne peut pas gésir
car comme toi ne veulent poser leurs os en ce cimetière trempé
comme toi ne se satisfont à pourrir là dans ce voyage flotté-coulé et
aspirent tentent requièrent le droit et le désir

Ton paysage de face scène visuelle bruyante qui parle en muscles tendus et ton tissage emmêlé de
dos sont palpables
Approches oui comme ça plus près l’image donne aussi du sang des battements pleins des affectes
de tous genres ainsi qu’aucun simulacre ne le peut
Elles et ils s’appartiennent bien à eux et à elles et dans ton naufrage chavirent
Tu respires requières ton droit et ton désir

Où sont tous où cet indiscernable contenu d’eux en toi
cousu de nous à nous par un fil aiguillé

que les ciseaux avec leur scie et leurs seaux meurtrissent
ils tranchent les mers et les scindent l’une entre dans les bouches
et où les mots
leurs sons ne suffisent pas à nos visages
mots aux poches vides dans les gueules pleines
et là où le vivant se noie
juste une figure, un mot de chair de pensée c’est-à-dire sans mot
juste une figure
Et pourvu : un cri dans ta bouche vide

Tout est audible rien qu’à se voir

et un chant de peuplement soudain du souffle qui vibre suffit
une survie collective

Stéphanie C.


Le vent

Quand le vent souffle sur la mer
Et que j’entends à travers
Des milliers de bruits divers
Qui m’emporte aussi loin
Que l’a où vont les marins
Je me dis que des fois c’est bien
D’arreter de parler
Et enfin de rêver
A l’endroit où on pourrait aller

Swann G.


À Tire-Langue

Ma langue / Ta langue
Vagabonde de langues en langues
Toutes les langues
Elles tournent / Elles dansent
Elles embrassent / Elles baisent
Se mêlent / S’emmêlent
Amoureuses / Savoureuses
Langoureuses / Goûteuses
Pour prendre langue avec le monde

Les PeauxRouges ont la langue rouge
Les Chinois ont la langue jaune
Les Noirs ont la langue noire
Les Martiens ont la langue verte
Les bébés ont la langue maternelle
Les automobiles ont la langue véhiculaire
Les chauves ont un cheveu sur la langue
Les couturières ont le fil sous la langue
Les Papous ont un pou sur la langue
Les bouchers ont un bœuf sur la langue
Les mots sont sur le bout de la langue
Les muets ont la langue des signes
Les reptiles ont la langue qui fourche
Les nomades ont la langue étrange erre
Les marsupiaux n’ont pas la langue dans leur poche
Les putes ont la L D P : Langue des poètes
Les politiciens ont la langue de bois
Les belles-mères ont la langue de vipère
Les vivants parlants ont les langues vivantes
Les chats collectionnent les langues qu’on leur donne

Hier une langue s’est suicidée
Langue morte bien pendue

Dans nos quartiers il y a des langues en train de naître
Ouvrons grand nos oreilles

Yve B.


Tout le monde a droit à la parole,
Les gens se parlent entre eux, ils sont joyeux,
Ils parlent à leurs enfants, ils préparent les fiançailles,
Ils préparent le couscous et les merguez, le poulet et la Chelba,
Ils font le gâteau magrébin pour les mariés,
Les gens sont contents, ils disent qu’ils sont contents d’être parents,
Les gens discutent au marché,
C’est pour tout le monde la parole,
C’est tous les pays,
Même pour les malades, même pour tout le monde,
Ça aide à la rééducation,
La parole, ça donne du courage,
Et au cœur du silence, il y a le soleil

Véronique B.

Lecture en public à la médiathèque du Bachut (10/03/17)