Tremplin poétique 2018

Brigitte Baumié, poétesse associée

La poésie au carrefour des mots et des gestes

Un-e poéte-sse associée, pour quoi faire ?

Depuis l’édition 2013-2014, les bibliothèques de Lyon ont décidé d’associer un-e poét-esse à la manifestation « Tremplin poétique ». Une invitation qui est bien plus que le recours à un-e prestataire de service mais vise à permettre une rencontre entre les publics usagers ou non de la bibliothèque et l’univers et le travail d’un créateur.

Le/la poéte-esse associé-e anime l’ensemble des ateliers d’écriture dans et hors les murs proposés par les bibliothèque dans le cadre du Tremplin, participe au jury de sélection des textes collectés, anime la restitution publique et présente enfin une aperçu de son travail de création personnelle sur la scène de l’auditorium de la bibliothèque de la Part-Dieu en clôture du projet.

Après avoir travaillé ces quatre dernières années d’abord avec Estelle Dumortier et ensuite avec Jean-baptiste Cabaud, nous avons le plaisir en 2018 d’accueillir la poétesse Brigitte Baumié.

Brigitte Baumié, autoportrait

Poète et musicienne, née en 1958. Après des études de musique, je me suis consacrée pendant vingt ans à l’enseignement et la création musicale.
A la fin des années quatre-vingt-dix, une perte brutale d’audition m’oblige à prendre du recul avec mes activités musicales. Je me tourne alors vers ce qui m’est depuis toujours une activité silencieuse : l’écriture.

Par ailleurs, cet accident de la vie m’a ouvert les portes d’une langue, la LSF, et d’une culture dont j’ignorais tout. J’ai également découvert la réalité d’un « état » qui pourrait ne pas être un handicap si la société française et ses institutions acceptaient d’accueillir et reconnaitre cette langue et cette culture. J’ai donc décidé d’œuvrer à cette reconnaissance avec l’outil qui est le mien : la poésie, et la structure que j’ai créé : l’association Arts Résonances. Je pratique la langue des signes française et crée dans les deux langues, français et LSF.

Avec Arts Résonances, je développe un travail autour de la traduction et la création poétique en LSF : mise en place de lectures bilingues au Festival Voix Vives à Sète et au festival international de poésie de la Maison de la poésie Rhône-Alpes à Saint Martin d’Hères, création d’un groupe de recherche sur la traduction poétique dans les langues signées (qui regroupe des linguistes, chercheurs au CNRS, des interprètes, des poètes sourds et entendants…)…

J’interviens dans le DU de formateurs de langue des signes à l’université Stendhal de Grenoble et je suis l’auteur d’une anthologie poétique multilingue LSF, français et langue d’origine (pour les poètes étrangers), Les mains fertiles, livre-DVD aux éditions Bruno Doucey parue en septembre 2015.

J’ai participé à plusieurs colloques et conférences sur le thème de la poésie en LSF et de la traduction poétique (université Paris VIII, université de Rouen, festival VoVf, festival Livres en scène…)

J’anime des ateliers de lecture et d’écriture en français et en LSF pour tous les publics :
Interventions en lycées, collèges, écoles primaires, dans des ateliers sociaux-linguistiques, en EHPAD, en médiathèques, dans des institutions spécialisées, des associations…
et crée des lectures-spectacles de poésie bilingue (français-LSF).
Par ailleurs, je participe aux travaux du groupe « Ecrits/Studio ».

Bibliographie

La poésie au carrefour des mots et des gestes

Brigitte Baumié présente son travail poétique et son rapport à la culture sourde et à la langue des signes.

Depuis plus de dix ans, j’ai appris à connaitre une culture qui est l’expression d’une façon de penser le monde radicalement étrangère : la culture sourde. La surdité a ceci de particulier que, pour les personnes qui en sont atteintes, la compréhension du monde, son analyse, le rapport aux autres, à la vie, ne se développe pas avec des mots mais avec des images. La langue que développe naturellement l’enfant sourd est donc, elle aussi, une langue d’images.

En faisant d’incessants aller-retours, dans ma vie quotidienne aussi bien qu’artistique, entre ces deux mondes, celui des « sourds » et celui des « entendants », entre une culture du sonore et une culture de l’image entre une langue parlée et écrite et une langue gestuelle (« signée »), j’ai constaté à quel point ces deux cultures peuvent s’enrichir l’une l’autre. A quel point, cette langue gestuelle peut faire passerelle entre les langues orales, comment par l’étrangeté qui lui est propre, elle crée le lien entre d’autres étrangetés. Nous sommes (presque) tous étrangers devant la langue des signes et c’est une façon formidable et joyeuse de se rencontrer aux delà de nos langues et de nos différences.

Introduire la langue des signes dans la réflexion et la création poétique, y compris écrite, c’est ouvrir à la découverte de formes nouvelles, à une vision élargie de ce qui « fait langue » et c’est aussi donner à des personnes qui sont en difficultés vis-à-vis de l’écrit ou même de la communication orales des possibilités d’explorer d’autres formes de liens et de rencontre.

Je viens de la culture « entendante » de la langue orale et écrite et mon travail part le plus souvent du livre. J’aime proposer aux personnes avec lesquelles je travaille, même si la lecture n’est pas une pratique évidente pour elles, de plonger, presque au sens propre, dans cette matière qu’est le livre, de fouiller sans contrainte et sans crainte dans ces langues diverses que proposent la poésie contemporaine. C’est toujours un bonheur qui ouvre sur de multiples pistes de création écrite et gestuelle.

Accessibilité et découverte de la LSF
Dans le cadre de la démarche pour se rendre accessible à tous les publics et en lien étroit avec le travail de création de Brigitte Baumié, la lecture publique finale du Tremplin poétique le samedi 17 mars à la médiathèque de Vaise sera intégralement traduite en LSF.