Tremplin poétique

Tremplin poétique 2020 : Monstre(s)

A partir du 1er janvier et jusqu’au 22 mars.
10ème édition du Tremplin poétique en partenariat avec l’Espace Pandora et le Périscope et avec le poète Gabriel de Richaud.

La poésie n’est pas une langue morte ! Une langue qui ne se réduit pas aux quelques vers rimés appris sur les bancs de l’école mais qui se parle, s’écrit et s’invente tous les jours portée par des écrivains qui tentent d’en vivre et par des milliers « d’écrivants » qui s’en emparent avec discrétion et pudeur souvent, avec tenacité et enthousiasme la plupart du temps.

Le Tremplin poétique organisé par la Bibliothèque de Lyon avec l’espace Pandora et le Périscope veut permettre la rencontre, la découverte ou l’approfondissement de cette langue poétique à tous ceux et toutes celles qui la pratiquent déjà ou veulent s’y essayer en cheminant pendant quelques semaines avec un poète invité.

Pour sa dixième édition, c’est Gabriel de Richaud qui nous accompagnera dans cette démarche entre janvier et mars.

A l’invitation qui lui a été lancée de décliner le thème du courage qui est celui retenu pour l’édition 2020 du « Printemps des Poètes » il nous a proposé de placer son parcours sous le signe des « monstres » et de la métamorphose.

Le courage, pour moi (en occident et en temps de paix j’entends ) c’est le courage de la métamorphose, le courage de se retrouver « autre », d’aller chercher l’étrangeté de soi, d’affronter et d’aller contre ce qui nous pousse à la ressemblance, à nous fondre dans un profil Facebook, à s’enorgueillir de ne prendre jamais aucun risque, à devenir un « même ». La métamorphose en cours surprend par ses phases souvent monstrueuses. On peut le constater dans le corps de l’adolescent. Le mouvement de la transformation montre côte à côte l’être à venir et l’être ancien. La métamorphose montre aussi le monstre en nous comme l’excès de nous-mêmes. Nous possédons toutes et tous une bête à l’intérieur. Elle est le dragon des chevaliers. Elle est propre à chacun.e. Elle nous met au défi.
La parole poétique, dite publiquement notamment, est souvent le récit de cet affrontement, c’est un acte fort posé dans le monde. Un monde, qui, selon moi, a tant besoin de réel, au sens où Roberto Juarroz l’entend *.
Si la parole est vraie - j’entends une parole imprégnée de « la vérité dont l’angoisse nous protège », si elle est défendue comme telle, son impact sera formidablement important sur la petite assemblée présente ce jour-là.

Oser cette présence devant l’autre, oser la lumière de sa propre parole au risque de la monstruosité, parole remplie de ce réel, parole libérant des puissances enfouies, des puissances monstrueuses, c’est ce qui pour moi fonde la nécessité d’écrire et c’est ce qui me motive fondamentalement dans la transmission de l’acte.

Je souhaite accompagner les personnes volontaires dans cet acte d’écriture qui les engage, avec courage, à percevoir l’ombre à l’intérieur d’elles-mêmes, à l’habiter de poésie et à oser la lumière par le partage public.

*« Oui, la poésie est le plus grand réalisme possible. Elle franchit même l’obstacle du nom des choses, pour les nommer d’une autre façon, loin du leurre et de l’arbitraire de l’étiquette. Elle dé-nomme, comme l’ont souligné Roger Munier et Laura Cerrato, pour dépasser la désignation qui fige, paralyse ou pétrifie, plus que le regard de la Méduse, et atteindre ce "transnom" ou "métanom" qui rallie l’être, au moyen de l’image inattendue, de la métaphore, des correspondances de Baudelaire, des tournures surlogiques de l’expression, du "donner à voir" d’Eluard, de "la pointe sans penser de la pensée", de l’allusion ou incidence pénétrante du rythme soulignée par Jakobson, de ce mystérieux support d’harmonie qui conduit en dernier lieu à une sorte de musique indéchiffrable du sens et qui éveille, à travers le langage transfiguré, un nouveau regard, un regard qui voit avec des mots. », extrait, Poésie et réalité, Roberto Juarroz Editions LETTRES VIVES, collection TERRE DE POESIE, traduction de Jean-Claude MASSON.