Tremplin poétique

Les textes sélectionnés en 2019

Dites Coco

Arnaud DEPARIS

Dites Coco ; c’est votre cosmos que vous avez balancé, là ? Je peux en prendre un morceau ?
Dites Coco, allez quoi, un morceau, pas un intime, quoique, donne-moi celui que tu veux… Dites… Coco...
Alors sautons dans le vide Que du vide
Oh ! Une main ?
Elle était jusque là cachée quelque part
dans le ciel
Puis-je vous la tenir ? On ne sera pas trop de Deux
Pour le soutenir Ce ciel

Je fais bouger mes pieds

Christophe La Posta

Avant qu’on ne me donne un prix
Inestimable ou soldé parce que tout s’achète
J’attire mon ombre loin d’ici
Je fuis les jours usés où la musique s’arrête
Et je fais bouger mes pieds

Avant qu’on ne me donne une direction
Un vent à suivre sans y penser, une mode à mouton
Je promène mon humeur aux réflexions
Assez loin pour ne pas écouter toujours la même chanson
Et je fais bouger mes pieds

Avant qu’on ne me donne cinq minutes
Un tempo pas assez décalé, de quoi caler mon pas
Je pousse mon tic et mon tac dans le sens de la chute
Je dérègle les montres aux aiguilles détournées, un rythme à moi
Et je fais bouger mes pieds

Avant qu’on ne me donne une raison
Des excuses pour tout justifier, le grossier qu’on avale
Je troque mon mal de ventre contre quelques papillons
Des rimes savent les questions, comment les poser, si je comprends que dalle
Je fais bouger mes pieds

Avant qu’on ne me donne un dernier souffle
Parce qu’il faut apprendre à la fermer, je laisserai des pages qui s’en balancent
Aux lecteurs qui s’étouffent, qui s’essoufflent
Et qui brûlent mes mots qui n’auront compté que le feu d’une danse
Pour faire bouger mes pieds

Recette d’Humanité

Alain GERVAIS

Etres vivants qui servez de nourriture à d’autres êtres vivants
Révoltez-vous ! Ayez mauvais goût !

Dans un grand cœur de chaleur humaine
Versez un bol d’âmes clarifiées avec un velouté d’ignorance pure
- Pour obtenir des âmes clarifiées faites chauffer les âmes perdues
jusqu’au frémissement puis écumez à la surface le mépris et la vanité
le plus possible, vous ne pourrez pas tout retirer –
Ensuite prenez le fruit d’un vieux rêve et d’une belle utopie,
Enlevez les tavelures et les espoirs déçus.
Faites-le réduire assez longtemps pour éliminer l’inconcevable.
Versez un sachet de soupe primitive lyophilisée
- Mélange d’humilité ancienne, d’amour primaire et de grandes souffrances à venir.-

Laissez mijoter.

Prenez un plat de connaissances, aillez-le d’Archée - … Premier principe de toutes les choses.-
Versez la préparation ci-dessus, parsemez de chapelure cosmique et d’émotions terrestres
Et recouvrez le Tout d’une pâte, voûte ou croûte d’étoiles.

Attisez les braises d’un regard jusqu’au désir puis mettez le plat sur ce rougeoiement.
Laissez brunir la conscience et la Peur sera croustillante.

Des épluchures au paradis

Gabriel MEUNIER

D’abord, on emballe logique.
Cela vient d’être fabriqué cela vient d’être pensé cela vient d’être vécu c’était le passé
alors glisser l’affaire dans un papier ni vu ni connu
C’est trop simple

Une tartelette au citron ? pas d’hésitation
un emballage in-di-vi-duel et vogue le navire Pour un paquet de neuf tartelettes
quatre emballages superposés. Saperlipopette prenez vos lunettes !
cherchez l’ascorbate de potassium, l’édulcorant de synthèse traquez l’ E232
les cadeaux de Noël méritent mieux

Trois conteneurs sur la place du village. Chaleur toride. Caméra.
Un western est en cours de tournage ? Crissement d’une auto le chauffeur se précipite moteur tournant la noria commence
Boîtes, bouteilles, sacs, blisters, bidons, flacons, cartons barettes, barquettes, caissettes,
étuis, bombes, packs, bricks... QUE DU TOC !

La planette déborde tout devient déchet déchet de l’instant déchet en devenir.
Refus tri refus tri refus
Corvée de patates ; épluchez épluchez ! déballez l’épluchure !
Il en reste toujours quelque chose…
Qui sait transmuter, jusqu’à la moindre épluchure d’Arcimboldo à Philippe Dereux*
ne perdons pas le fil

*Philippe Dereux, plasticien collagiste ; Né en 1918 à Lyon ; décédé en 2001 à Villeurbanne. Son premier ouvrage : Petit traité des épluchures (Julliard, 1966)

Petite

Stéphanie WOUSSEN

Quelqu’un a tapé dans ma tête
J’ai ouvert mais il n’y avait personne
J’ai regardé à droite à gauche
J’ai cherché un peu
Il faisait noir
Quelqu’un a crié j’ai tendu l’oreille
J’attendais
Mais rien

La beauté du geste

Laurence PEMERLE

Légèrement entrouvrir sa commodité à la parole
Ecarter ses membres supérieurs, former une corolle

Buste en arrière, tête dolente, yeux mi-clos
Avec passion se laisser dévorer le museau
Inspirer bien avant pour garder de l’air
Susurrer, ahaner, battre des paupières
En gardant toujours … un œil sur ses affaires
Reprendre son souffle sans en avoir l’air …

« Genre »

Sacha MENNERET

Un mot. « Genre ». Au cœur de nombreux échanges, glissé entre une virgule et un point. Là sans être là, cinq lettres invisibles. Cinq lettres pour débuter un voyage, cinq lettres pour tout dire. Cinq lettres qui s’entrechoquent contre ton palais, tu ne les sens pas. Là sans être là. Cinq lettres qui dictent ta vie. « Genre voilà », « genre humain », questions humanitaires, réponses à tout. C’est le « genre » de tes rêves avec le « genre » de ta vie. Imprégné dans ton cœur jusqu’au fin fond de ta pensée. Dans chaque livre de ta bibliothèque secrète, un son, « genre ».
Genre te suis partout où tu vas, coincé dans ton ombre. Ton deuxième toi lettré dont l’intonation dit tout. Sans pouvoir te libérer, un seul remède. Parle. Invente des mots, crée ton langage. Raconte-toi dans des monologues intimes qu’on ne peut comprendre. Interprète-toi grâce à des suites de lettres sans aucune logique.
Quand tu en as assez, dis la formule guérisseuse de tes maux. Dis-le sans honte : « genre ». Mot mal- aimé. Insulte au monde des adultes. Une barrière de mots, « genre » au sommet. Qui sépare les savants des gens. Un mot qui dit tout. Un mot de trop. Là sans être là.

Les vieux

Jean-Paul JARROUX

On ne les touche plus, les vieux
on ne serre plus
leurs mains bleuies par le temps,
ces mains qui ne servent plus ou presque, et qu’ils nous tendent
quand on s’en va.

on ne les embrasse plus, les vieux
on ne caresse plus
leur front blanchi par les ans
ce front un peu froid déjà
et qu’on effleure à peine
quand on s’en va

on ne les regarde plus, les vieux
on ne voit plus
leurs yeux las qui gouttent le temps
ces yeux tant chargés d’années
et qui s’éteignent
quand on s’en va.

on ne leur parle plus, aux vieux
on n’écoute plus
leur voix qui tremble pourtant
cette voix changée par les jours
et qu’on entend encore
quand on s’en va.

et c’est quand on s’en va
qu’on les aime, les vieux
alors on a le coeur lourd
quand on voit derrière le rideau
la main qu’ils nous tendent
quand ils s’en vont.

Poème pour Marie, la Fée Buldozzer

Jay JALL

Si l’on admet que tes patins
N’étaient pas de ceux qui me freinent
J’aimerais bien que dès demain
Je te renomme ma petite reine

Tu pédalais beaucoup trop vite,
J’avais toujours un temps d’ retard
Tu voulais tout, maintenant, tout de suite
Mais pas de moi, ni d’ mes têtards

On s’recroisera un jour c’est sûr
Ou sur les berges, ou dans la vie
Ou peut-être pas, si nos blessures
Ont laissé trop de circatristes

Petite poucette

Ameli RAMASCO

Petite poucette
S’entête
S’embille à tue tête
Son pouce pas si bête
Tweet à toile tendue
Sa vie son pouce sa vue
Se baladent à mille lieues
Sous la mer dans le ciel en tout lieux
Thimbellina
Parle à mille voix
Et bien sûr à toutes à la fois
Tintantes ambulantes
Tintinabulantes
Elle cherche à tout va
Sa vie sa place ses choix
Son pouce et sa tête
S’épousent et s’entêtent
Son pouce pense
Sa tête tweet
Sa tête fuite
Son pouce danse
Et elle tète son pouce
Pendant que suce sa tête
Son pouce surfe sur le net
Sa tête suit en douce
Sa tête flanche
Son pouce planche
Sa tête tousse
Son pouce pète.

Le vol d’un héron

Josiane GELOT

Le vol d’un héron
Son cri
Et le passage d’un tracteur
Dont le moteur me mouline le corps.
Tout ce qui m’abritait vole en éclat
Et me laisse comme écorchée
Je pourrais pleurer
Devant une nichée de canards
Pour lesquels mon regard
N’a pas plus de poids
Que le roseau qui se penche
Avec l’espoir fou
De faire une ombre au tableau.

Coquelicot des murs

Ariane RAHMANI

Coquelicot des murs
À ma fenêtre hier fleurit
Une herbe : un pavot rouge solitaire.
Une fissure est son abri ;
Sa nourriture, oh peine ! un rien de terre.

Il ne connait pas les manières :
Voyez comme sont fripés ses pétales !
Il grandit seul dans son ornière ;
Écarlate, ce gavroche, il s’étale.

Puisqu’il tomba loin du jardin
Où, choyée, s’épanouit la pensée,
Sous l’égide des baladins
Bravement danse sa tige élancée.

Coquelicot, que de courage |
Libre - de souffrir l’ardente chaleur,
Ou le vent glacé, ou l’orage,
Et de faire jaillir ce cri : ta fleur !

Collecte de gestes en exil

d’après le film « Collecte de Gestes en Exil »
(Création Compagnie Anou-Skan : Sophie Tabakov et Laurent Soubise/ Images : Didier Dematons /Musique : Soufiane Desroziers)

Annie FANTINO

Ils viennent d’Afghanistan, de Syrie, d’Erythrée
de Somalie, de Géorgie, du Nigéria, de RDC
Ils sont demandeurs d’asile
En attente
En foyer d’hébergement

Devant eux, plantée bien droit
une caméra

Chacun, chacune va venir faire don
de ce qui lui reste : un geste
Celui qu’il ou elle a emporté
collé sous la peau
il pêche, elle fait une galette, elle se maquille
il berce un enfant, il grimpe à l’arbre, elle plante
elle ramasse des fruits, elle danse, il danse
elle allume un feu, elle fait sa toilette, il charge un véhicule
elle peint, il écrit
Chaque geste est exécuté dans une concentration absolue
C’est un slam sans mots

Ils sont beaux, ils sont généreux, ils sont resplendissants de vie
Pour laisser trace, ils sont invités à choisir un fil de couleur
- bleu, jaune, vert, blanc, rouge-
qu’ils cousent sur un grand manteau gris sombre
Tous le revêtiront
comme nous pourrions avoir à l’endosser aussi
pour nous protéger

Quarante-deux minutes de film sans parole
- si ce ne sont quelques commentaires laconiques-
et pas une fraction de seconde pour les quitter des yeux

Haute perchée

Catherine TRONCHON

Un bras ballant, une main étale L’autre pianote
Parle au métal L’œil, lui
Regarde à l’intérieur Cherche le vainqueur.
La tige attrape les doigts
Le corps s’élance
La perche se fait lance
Puis fronde
Elle se déploie
Comme une onde
Et le corps devient projectile
Vrille en torpille
La barre ennemie
Est franchie Ralenti
Extase en plein vol
On en oublierait le corps qui chute
Sur le bleu du tapis.

pour Agathe

La main gauche d’un droitier

Maxime ROTA

Je me présente, je suis la main gauche de Maxime…
A sa grande habitude, le voilà en train de chercher ses rimes…
Inévitablement, il va me délaisser pour sa main fétiche…
Celle qu’il met en avant, son nom sur les affiches…
Cette main droite maudite, avec laquelle il salue,
Avec laquelle il écrit, moi il a essayé, ça ne lui a pas plu…
Je suis un peu la remplaçante, il m’appelle quand il a besoin…
Un peu sa maîtresse, il me prend et me jette l’air de rien…
Parfois il hallucine quand il me regarde, et se demande à quoi je peux bien servir…
Je suis l’ombre de sa main droite, plus méritante, il n’y a pas pire…
Parfois il me regarde, il se fait la réflexion que j’ai autant d’années que lui… Cette paluche qui sait tout faire, je l’observe furtivement et l’envie…

Puis, lorsque mon maître est triste, disparaît alors la compétitivité…
Madame droite et moi nous soudons, et l’accompagnons dans Détresse et Subjectivité.
Alors, il ne fait plus de préférences, et c’est entre nous deux que ses larmes viennent couler…
Comme le maestro est fort, il se reprend alors et recommence à m’oublier…
J’aime quand il parle fort, et qu’il me fait danser au rythme de ce qu’il énonce… J’aimerais lui parler, lui rappeler mon existence, hélas il n’y a jamais de réponse…

Alors madame droite, certes un peu hautaine, mais tellement gentille dans le fond,
M’aide aujourd’hui à écrire ce que je ressens dans cette frustration,
De n’être que main gauche, au second plan d’une existence…
Une essence en cinquième roue de la diligence…
C’est marrant qu’en 22 ans il ne se soit jamais attardé sur mon cas
Alors ne regarde pas uniquement ce qui te sert ou t’es utile, va un peu au-delà…
Rien n’est jamais vraiment futile,
Être la main gauche d’un droitier, n’est vraiment pas chose facile.

La sans-dents

Jules RAZAVETH

« Excusez-moi joli jeune homme !
Vous n’auriez pas un petit sou ?
Je sais pas si vous savez comme
La vie peut êt’dure pour nous. »

Son vieux corps était aussi maigre
Qu’un trognon de pomme rassis,
Elle cocottait le vinaigre,
Elle existait... de-là... de-ci.

Son ombre grêle et grignotée
Semblait être son seul abri,
Pauvre grand-mère cahotée
Qui a la boue pour seul lambris.

On eut dit une adolescente
Qui aurait attendu cent ans...
Sur le seuil d’une nuit galante,
La venue d’un prince charmant.

Sa prestance aristocratique
Sur son trône noir de crachat,
Ébranla mon cœur erratique...
Qui désespère du rachat.

Cette élégance anachronique
Chez une mendiante surtout,
Prouve combien est ironique,
Ce siècle de fats et de fous.

Dans sa main, j’ai vidé mes poches,
Après quoi, je me suis enfui...
Certains « merci » sont des reproches,
Comme un intolérable bruit.

Depuis, j’entends dans mon cœur comme
Un écho accablant et doux :
« Excusez-moi joli jeune homme !
Vous n’auriez pas un petit sou ? »

Mélanie
Adrien SABADEL

La nuit Mélanie me crée des scandales secrets
Me jette aux orties, aux feux sacrés
Et ce sans le moindre discours
Elle jacte le sucré-salé,
Décrète que j’la joue marginal
Même pas mal

Quand elle me tient en joug
Je m’exécute et tend l’autre joue
Le clip je le cut quoi que ça me coûte
J’me décarcasse pour la désapper
Mais c’est pas pour c’soir, c’est pas pour c’soir
C’est pour jamais !

Elle boxe

La nuit Mélanie me cible et me colle des mélanges
Qui m’envoient aux anges des années folles
De cela je ne relève rien d’étrange
Elle fredonne des mélodies
Qui laissent penser qu’elle a comprit
Que rien ne me dérange

Tête d’orange, tu t’la pèles et tu t’la manges
Bien planquée derrière sa frange
C’est elle-même qui voudrait que j’l’étrangle
Mais elle précise que sa voix : interdit que j’la sample
J’ai beau être souple
Rien n’est jamais simple

Rien ne nous rassemble
On ne se ressemble résolument pas
Il n’y a rien à assembler si ce ne sont
Nos esprits désarticulés
Je crois que j’ai pas d’place près d’elle ou sans elle
Mais qu’est-ce que tu veux qu’je fasse ? Dis-le moi !

Elle boxe

Mélanie je me livrerai
Quand la cavale des voix se sera calmée, aura dévalé
Que j’aurai ravalé ce visage ravagé (P-p-p-p-Paul)
Que la liste aura délivré les faux fous trop acclamés
Il est pas né celui qui va m’spoiler la fin de l’année
M’empêcher d’prendre des nouvelles des damnés

Chapatania Mélanie
Pour nos émeutes intimes que j’ai soumis en scène
Je sais plus si je crains c’que j’écris, si j’écris c’que crains
Je cris dans un écrin que Mélanie c’est la hara de Cracovie
Elle sait qu’tous les trois ne sommes pas à l’abri d’une idée géniale
Mais que prit par la dalle on n’fera queue dalle !

Elle boxe

Mais la nuit Mélanie soutient des peuples et des peuples
Déplace des peuplades sans papes
Survole des espaces interdits
Dérive en hypogriffe moquant mes posters d’imposteurs
Tâche de lire entre les lignes de mires
Même dans le noir de mon grimoire

Marche entre des ami-es et des animaux morts
Me susurre que nous devrions mâcher les méchants
Marchands de shit, elle, éternelle cendrillon des cendriers
Nous ne cracherons pas de chiffre,
Nous n’aurons pas de chef et nous n’aurons pas le choix
Ne cherchons plus, Mélanie prend le dessus

Des odalisques prennent la tangente
Des armées désormais désobligeantes
Des ascensions, des pentes
Des toi filantes

Elle boxe

Corps de rêve

Frédérique GARCIN

Elle suit fascinée leurs mouvements funambules, lents et ronds, très doux. Ils sont trois, se déplacent en silence, se mêlent puis s’éloignent en dansant sur le fil tendu. L’un se roule en boule, l’autre se déplie. Bras et jambes évoluent déliés, pieds dans l’axe des épaules forment balancier, les corps s’équilibrent en mouvements hypnotiques.

Elle ferme les yeux, offre son visage à ciel ouvert, de la main soulève le frein. Les roues du fauteuil dévalent le pas, emportant son corps rêveur. En elle, la beauté de leurs gestes gravée.

Le tigre et l’enfant

Amaury BALLET

Par la lucarne de la salle d’eau
Je regarde la ville qui s’étend
Les blocs de béton, les tramways
Une feuille de Prévert dans le vent,

Je vois le gamin que j’étais
Devenu un homme-machine
Requiem des fraternités
Les arbres enfermés dans des grilles

Les masques tombent sur les rues
Mes voisins deviennent ennemis
Je voudrais que l’eau sur ma peau
Coule jusqu’aux plaines de Wounded Knee

Ravive les légendes anciennes
Console les solitudes ultimes
Que mon visage dans la glace
Arrête un moment de vieillir

Alors je mise mon temps sur toi
Qui traverse la ville sur un tigre
Alors je mise mon temps su toi
Ton rire, tes cinq ans et demi

Terre mère

Frédérique GARCIN

Te porter en terre,
Ne comprends pas.

Où est passé le fil de ta voix,
Quand ballottée entre tes bras,
Tu me chantais, ma mère ?

Non, te porter en terre,
Ne comprends pas.

Ce matin, il fait bien froid.

Vas-y éponge

Julie RICOSSE

Le manque est un geste
Manqué
Une mayonnaise avortée
L’œuf que tu loves
Que tu crèves
Amoureusement
Avant de voir
L’absence d’huile
Dans tes placards
Pour peloter l’ovule
Qui se vautre
A plat …

Vas-y nettoie.

Le manque est une
Eponge sans gêne
Exhibant son abdomen
Suant moignon de gruyère mou
Que tu biberonnes
De larmes lavomatiques
Ou que t’imbibes
D’humeurs visqueuses et sensuelles
Elle suffit à siphonner
Toute trace d’encéphale sentiment
A le redégueuler ensuite
Encore encore
Jusqu’à la dernière cuite

Vas-y dévide …

Alors l’éponge retourne sa veste
Et révèle son aspect Spontex
Qui scalpe
Toutes les Peaux-rouges
Mortes déportées
En service de réanimation
Et qui oseraient gueuler
Leur soif de vivre
En bonnes sauvages

Vas-y, t’enrages …

Le manque est un paquet de corn-flakes vide
Dont tu relis l’étiquette
Du coin de la cornée
Juste histoire de t’assurer
Que l’affolante douceur
A vraiment vibrillonné tes veines
Que le maïs a chuchoté d’envie
Sous le vent brûlant
Avant de suinter l’insecticide
A plein masques à gaz
Pour te persuader
Que le pourcentage de maïs évanoui
A purement éclaté
Dans le palais de ta bouche
Avant d’être avalé

Vas-y, avant de voir

Le manque est un éclat de verre
Rayonnant boursouflé
Que tu détournes tournes retournes
Dans toutes les conjonctures
D’une chute de soleil
Tu te noies dans ses reflets
Et ta conjonctivite
Tu saisis l’essence du verre
Qui a pris son pied
Le grain de sable qui forniqua
Avec la fournaise
Pour engendrer le verre
Que tu as vidé jusqu’à la lie
Sans vouloir lire les lignes de fuite
Qui te blessaient déjà la main

Arrête, enfin !

C’est absolu
C’est absurde
Ce manque
Ce n’est pas le manque de ce qui fut
Et dont tu tires le vin
Jusqu’à poncif
Non …
C’est le vide venu
Des univers entrevus
Qui squatte la sève
Succulent de tes os
Soulevant ton squelette
Saturé saoulé d’espoir
Puis se déverse sur le lino banal
De ton deux pièces cuisine

L’espoir fait vivre
Dit on
Celui d’un chaos pur
Provocant
Et parfait
Mais l’usure
Usine les plus
Eclatants.

Terra incognita

Christine DROIT

Il creuse son sillon solitaire, Amine l’étranger
Dans la ville dense se lève le matin,
Prend son bus quotidien le matin
Toujours le même chaque matin Amine l’étranger.
Il creuse son sillon solitaire
Il vient de loin, d’au delà les mers.
Ses yeux brumeux ont vu l’ innommable
Des choses qu’il ne pourrait dire, ne saurait décrire,
Préfère oublier, Amine l’étranger.
Il creuse son sillon solitaire
Dans la ville immense s’enfonce et se perd,
Embrasse l’horizon, murmure les mots clairs,
Pense aux siens d’au delà les mers
Amine l’ étranger.
Dans la ville dense où il perd ses repères
Ne sait quoi faire de ses mains,
Ses mains aujourd’ hui sourdes, aveugles et muettes
Prend son bus quotidien le matin
Toujours le même chaque matin,
Se réfugie dans les mêmes gestes
Dans cette ville étrange où personne ne l’attend
Creuse son sillon solitaire.

Il sait qu’on le nomme clandestin.

Quatre Haïkus

issus d’ateliers menés avec la bibliothèque du 3ème, l’association ADOS et la taverne Gutenberg :

Juliette Mendes

En ville il y a des cafés
En ville, trois petites maisons
Le matin c’est bon

Renso Daza Fernandez

En ville, les héros détruisent nos bâtiments
Dans la ville l’ennemi fait le mal
Dans la rue, on trouve batman.

David Mwenyi

En ville, il y a des parcs
L’habitation à la campagne
Je me promène en vélo.

Omar Naïm

Les sapins sont présents
Aujourd’hui je vais prendre mes cadeaux,
Je voudrais bien manger.

Choses qui font battre le cœur

Santiago MEJIA PALACIO

Cosas que hacen latir el corazón

El primer soplo de frío viento de otoño que derriba hojas muertas que ya han terminado su ciclo.
El primer copo de nieve en tu lengua en un día de diciembre.
Cada risa con tus amigos junto al río en medio del frío de la noche
Esa voz que te pone la piel de gallina cada vez que la escuchas.
Toda tu familia alrededor de la mesa en la cena navideña.
Los recuerdos de un año ya terminado el 31 de diciembre, mientras piensas en los deseos del próximo año.
El viento sopla fuerte en la primavera y enrolla tu cabello.
Los días que empiezan a ser muy largos y las muy cortas noches para disfrutarlos.
El calor del verano que junto a tus mejillas parece ser frío.
El olor de esta persona especial que reconoces a pocos metros de ti.
Tu mano sobre la de ella mientras tu boca se acerca.
Este primer beso que parece infinito esta noche que no quieres terminar.
Un sueño, una meta, una esperanza.
Y una canción que te recuerda a tu vida.

Choses qui font battre le cœur

Le premier souffle de vent froid de l’automne qui fait tomber les feuilles mortes qui ont déjà fini leur cycle
Le premier flocon de neige sur ta langue un jour de décembre
Chaque rire avec tes amis à côté de la rivière au milieu du froid de la nuit
Cette voix qui te donne la chair de poule à chaque fois que tu l’entends
Toute ta famille autour de la table pour le diner de Noël
Les mémoires d’une année déjà fini le 31 décembre alors que tu penses aux désirs de l’année prochaine
Le vent qui souffle fort au début du printemps et qui roule tes cheveux
Les jours qui commencent à être très longs et les nuits très courtes pour en profiter
La chaleur de l’été qui à côté de tes joues semble être froide
L’odeur de cette personne spéciale que tu reconnais à quelques mètres de toi
Ta main sur la sienne au moment où vos bouches se rapprochent
Ce premier baiser qui parait infini, ce soir que tu ne veux pas qu’il finisse
Un rêve, un but, un espoir
Et une chanson qui te rappelle ta vie