Tremplin poétique

Vos textes

les textes sélectionnés en 2021

Sur le thème du désir retenu pour l’édition 2021 du Printemps des poètes, l’écrivain Gabriel de Richaud (associé pour la deuxième année consécutive au tremplin poétique) nous a proposé un texte (à retrouver ici) évoquant le mythe d’Ouranos et Gaïa et la béance ouverte par leur brutale séparation.
C’est dans ce vide qu’est née Aphrodite et c’est à cette question :
"est-ce que je sais ce qui manque dans mon propre ciel ?"

Vous avez été 83 écrivants à y apporter une réponse. Un jury de bibliothécaire s’est réuni en mars pour lire l’ensemble de vos contributions. Faute de pouvoir proposer cette année encore une lecture en public pour clôturer le Tremplin poétique, nous avons opté pour une session d’enregistrement qui nous a obligé à être encore plus restrictif dans le choix des textes : tâche difficile d’accorder nos sensibilités pour établir la courte liste des 12 lauréat-e-s de cette édition si particulière ! A lire ci-dessous :

quand la peau a faim
quand ma peau a faim
je ne me rappelle plus de mon nom
le toucher est le seul remède apparemment
la loi entre toi et moi nous retient. nous restreint. nous interdit.
nous dément. de danser, de tapoter, de caresser, de tenir
serrer la main est maintenant une menace de mort
pourtant, des peaux, que la tienne est douce
la douceur est la plus chaude des couleurs

quand ma peau a faim
les mots ne suffisent plus
ont-ils jamais été suffisants ?
ce ne sont pas de tes conseils dont j’ai besoin
pas d’embrassade virtuelle, ta main sur mon visage
était la maison où je trouvais du réconfort.
un câlin, une danse, une bise, un tango
une étincelle pour me rappeler
que de cette ronde humaine je fais aussi partie

quand les promesses n’ont résolu que les chimères de demain
je ne veux ni monts, ni merveilles, ni or, ni ciel
c’est de la peau d’humain dont j’ai faim
une odeur, un battement de cœur, une sueur
d’un ami, d’un passant
un peu de cellules mortelles comme avant. le souvenir
que ma peau commence avec la tienne et que la tienne est infinie

Yolanda Mpelé

Ce que désir(e)

une rencontre en présentCiel
voilà ce qui (me) manque
faire disparaître le trou noir noir noir

Désir d’à nouveau pouvoir
te démasquer te dégélifier te dédistancier te dégoupiller
t’approcher de très très très près
te retrouver te toucher te papouiller
te caresser t’embrasser te biser
te crouchcroucher te baver dessus
te trinquer Champagne ! te chercher des poux
te te te te
sans limite ni distance
sans double peau triple couche

Désirs désiiiiiiirs

de briser la glace
de toucher le ciel
de chatouiller les étoiles
de m’ouvrir de s’ouvrir de t’ouvrir
sans souffrir sans mourir

Pas demain
aujourd’hui là
tout de suite
mains’tenantes

Yve Bressande

Il manque un battement
À mon coeur
Il manque une aile
A mon ciel


Tout ce bleu
Qui appuie
Si fort
Sur mon souffle
Tout ce bleu
Sans toi


Gratter
Le ciel
Avec les ongles
Jusqu’à
Saigner
Jusqu’à
T’atteindre

Evelyne Charasse

Tu ne quaesieris, scire nefas, quem mihi, quem tibi finem di dederint

Une vie

Le temps s’étire et claque.
Au jeu de l’élastique elle s’est pris les pieds dans le tapis. Les fruits n’ont pas passé la promesse des fleurs.
Elle reste sur le quai, le train est parti. Le suivant peut-être ?
Tout est à refaire, à faire, à construire. Ce chemin, comme une impasse.
Revenir, retourner. Prendre l’autre.

Mais il y a eu des fleurs, pourtant, Des oiseaux, des sourires.
Tout n’était pas perdu. Sauf le temps.

Mais le temps s’étire et claque, Se ramasse, s’allonge.
On a le temps. On est pressé.
A quelle heure arrivera-t-elle ?

Claude Imbert

Trapèzes

Elle court, elle court, ma pensée
Ma pensée aux draps froissés,
Elle court, elle court, ma pensée,
Ma pensée aux draps crispés,
Jusqu’à venir se briser
Contre ce rocher de granite
Arrimé à mes omoplates.

23 heures.
Mes trapèzes se réveillent et toquent à la porte.
J’ouvre la bouche en grand.
J’expire
Cet élixir se répand aux quatre coins de ma chambre.
Un voile de sfumato grimpe aux rideaux.
Les tensions des muscles se relâchent dans mon dos.

23 heures trente.
La métamorphose s’est mise en marche
Et aucun mur, aucune laideur, ne pourra plus l’arrêter.
L’espace élargit les piliers de sa tente.
Un rayon de lune invite les rêves à danser.
Au signal, mes trapèzes s’élancent.
Ils s’en balancent, de l’heure qu’il est.
Ils bercent le présent.

Les volets clignent des paupières.
Mes trapèzes en profitent pour se glisser dehors
Et accrocher leurs cordes aux étoiles de la miséricorde.
Ils consentent pleinement à cette vie à bascule,
Qui s’extasie, puis qui bouscule,
Qui tire son énergie de ses propres contradictions.

7 heures
Il finit toujours par être sept heures.
En catimini
Les trapèzes d’argent ont regagné leur enclos.
Leur arche d’alliance s’est retranchée derrière les os.
Et ça repart comme si de rien n’était.
On en viendrait presque à douter
De l’existence de tout ce cirque intérieur.

Heureusement qu’il y a les lignes
Pour pêcher les écailles des souvenirs

Il court, il court, le poème
Il aime se mettre dans de beaux draps
Il court, il court, le poème
Echappée belle ! Il reviendra.

Marie De Chalus

COUCHER LE SOLEIL

bleu qui se mêle au rose
luminosité qui augmente subtilement dieu est un infographiste
click and collect la beauté brute
wait and see ce que ça bouge à l’intérieur le bleu veut dire oui le rose non
le violet pourquoi pas ciel mi-fille mi-garçon
nos corps sont des têtes capables de reproduire l’alphabet
nos corps sont des animaux en mal d’instinct on se nomme on se compare
on se mesure on se pèse sur l’estomac cris qui se mêlent aux creux
par peur de ce qui est sans autorisation
par peur de souiller l’univers en jouissant avant l’heure ciel qui dit
ciel qui joue à cache-cache
des fois dieu montre la voie des fois c’est son cul connexion momentanément
interrompue
bleu qui se mêle (de ce qui ne le regarde pas) au rose ("o" tonique ouvert)
luminosité qui augmente subtilement (mentir deux fois au moins pour cause de fidélité à soi-même)
dieu est mille do it yourself

Myriam OH (Ould-Hamouda)

GIRONDE

Me voici à la croisée de sinueuses venelles.
Quelle voie emprunter ? Je me pose tout un tas de questions. Ce qui manque à mon ciel, c’est une direction, une destinée, un désir d’avenir.
Devenir poisson ? Non. Je ne veux pas vivre dans l’eau. Dans l’air alors ? Devenir un oiseau, ou encore plus haut, pourquoi pas, un martien, maintenant qu’on connaît le chemin ?
Je ne vois qu’un seul moyen d’aller sur Mars, m’envoler. Pas comme pour s’en aller sur la Lune !
Tutoyer les étoiles, c’est beau comme projet, après tout.
Je laisse mes pieds et leurs semelles de plomb sur un banc du parc, mes fesses sur un autre, et ainsi allégée, je décolle. Je garde la tête et les bras, et mes seins que j’aime bien, je ne suis pas la seule d’ailleurs. Va savoir quelles rencontres interstellaires je vais faire.
Je dépasse cinquante nuances de bleus, de gris et de blancs, au loin des roses, des jaune oranger.
Je suis bien au-delà des bandes de cotonnades des tracés des avions.
Je m’approche d’une atmosphère de grisaille bien sale. Sans doute la fameuse serre qui emprisonne la terre avec ses maudits effets. J’ai peur. Je vais définitivement disparaître, mourir étouffée.
Et puis non.
Après une longue traversée dans un flou ennuyeux comme un débat télévisé, après avoir un peu toussé, raclé, pleurniché, je me retrouve dans le noir le plus complet, où, à ma grande surprise, j’y vois comme en plein jour.
C’est le tableau le plus magnifique qu’il m’ait été donné de contempler, et je baigne un grand moment dans une pure contemplation.
J’ai l’impression d’être dans le ventre bienheureux de ma mère.
Et c’est bien là que je suis, en fait….

Brigitte Perroncel

Le Déclin des Astres

Oui
je sais

Tout
Va
Bien


Que j’essaye d’aller mieux

Au bout des yeux,
une légère et passagère fatigue

Au fond des entrailles
de mobiles bousculements,

Tout, va, bien
Tout, est,

enfin,

Cela semble.

Chut !

Ce qu’il manque,
Mais peut-être
de ton salut son origine,
d’apprendre à bien nourrir
C’est ce qu’il manque
aux vivants,
de s’avertir de mieux mourir.
Chute !

D’une étoile sans que le monde s’effondre
Mais jamais la lune,
Il faut bien que naisse l’obscurité

Si ce n’est de ton
Monde

Arnaud Deparis


Nuit noire

la nuit est noire
le ciel est noir
il n’y a pas d’étoiles
il n’y a plus d’étoiles pour nous guider
dans la nuit noire

sait-on à peine où l’on veut aller
si on y va
si même on se déplace
dans la nuit noire où l’horloge s’arrête
le temps qui passe ne passe plus
on ne sait plus l’avant l’arrière
le haut le bas l’autour et le dedans

et me voilà planté dans ce noir absolu
je guette au-dessus de ma tête
une comète qui file
une hypothétique étoile
une lune trop rousse qui tarde à se lever
un signe que je suis encore en vie

plus de guide sur la terre
plus de feux plus de lieux plus de vœux
sous le ciel condamné à l’invisibilité
dans ma nuit noire
sous mon ciel noir
sur ma terre noire
avec mes idées noires
j’attends au matin blême
une aube lumineuse
qui manque tant au ciel

Jacques-Philippe Strobel 

Désir lunaire

Garce, pour qui te prends-tu Noctambule Fessue ?
Tu n’es qu’à mi-temps dans l’univers céleste
Et tu prétends habiter le ciel quand je n’y suis plus ?
J’éclaire le jour, chauffe le monde terrestre
Tu n’es qu’une dauphine au royaume des Miss
J’ai cru longtemps en une fusion complice
Oh Mademoiselle, ô charmante, file-moi ton 06......

OK Poupée, j’ suis pas Sinatra , fly me to the moon etcaetera
Mais franchement, sois ma Moumoon et tu brilleras
Moumoon , ô Moumoon, on va flyer tous les deux
Rayonner jour et nuit, faire la Une dans les Cieux
Tu fais le quart, je sers les d’mis, on bosse tard et c’est parti !

Quand Charles t’a filé rendez-vous avec moi, que t’es pas v’nue
T’as fait Trenet exprès, t’as fait style, y f’sait nuit, j’l’ai pas vu
Tu préfères luire en loucedé quand les gens sont couchés
Et je devrais attendre des plombes pour te relayer ?
ô Moumoon, ma belle endormie , laisse-moi t’ensoleiller...

LO

Désamorçage.

Dimanche 21 février : 14h16.
Est-ce que je sais ce qu’il manque à mon ciel ?
Je lève les yeux et rien.
Il ne manque rien.
Absolument rien.

Aucune emprunte nébuleuse n’y est perceptible.

Il n’y a qu’une immensité bleue.

Une immensité bleue et vide, qui laisse place à tous les possibles, à toutes les libertés, à toutes les respirations.
Des respirations, des libertés et des possibles, qui à ce moment précis sont réchauffés par le soleil et accompagnés par les vibrations d’un alto . C’est comme cela que je suis heureuse.

Et c’est donc pour cela que je ne le suis pas.

Car dans mon vrai ciel, Mon ciel à moi, tout là-haut assiégé par ma boîte crânienne, il n’y a aucun vide.
Et la seule immensité existante est celle de mes pensées.

Des pensées sans fin qui s’infiltrent dans les moindres failles, qui s’enracinent dans chaque sillons et qui absorbent chacun de mes souffles.
Leur bouillonnement me brûle et me consume et leurs hurlements me tétanisent et me barricadent.

Mon ciel est une bombe qui s’impatiente et ce qui lui manque, c’est un expert.

Un expert en désamorçage.

Sarah Bellës

Accord de mémoire en deux temps

C’est un quartier oublié des Hommes
Les fenêtres y sont ouvertes
L’accordéon résonne
Jouant de concert
Violoncelle en quatuor
Avec d’autres fenêtres
Et les mains peignent les accords
Sur les murs de béton
De ce quartier laissé aux fous
Qui ne vivent qu’à l’expression
De ce qu’ils ne savent plus
De l’oubli des questions
Une forme d’invaincus

Au loin, un croassement résonne
Le corbeau est toujours maître
Les cordes content son histoire
Et son plumage s’embellit

Peut-on ainsi parler d’échange ?
Ou est-il question d’oubli ?
La mémoire ronge les histoires
Et son plumage ?...Défraichit

Au loin, un croassement résonne
Il y a silence sur accord
L’accordéon, soudain, s’élargit
Et sa note siffle un désaccord

Au loin, le corbeau s’enfuit
Son ciel l’a retrouvé
Il y a un air de manque dans le quartier
Et une plume, soudain, qui s’inscrit

C’est un quartier oublié des Hommes
Les fenêtres peignent les soirs d’été
L’accordéon chante un soupir
Et le souvenir, invaincu, se tisse

Okacha