Tremplin poétique

Est-ce que je sais ce qui manque dans mon propre ciel ?

Tremplin Poétique 2021

Nous avons demandé à Gabriel de Richaud de donner le ton de cette édition 2021 en nous livrant sa lecture du "Désir" qui est le mot retenu pour l’édition à venir du Printemps des poètes 2021.
Dans la même veine mythologique qui l’a conduit en 2020 à nous proposer d’explorer la question de la métamorphose et des monstres, il nous a livré un texte qui part du récit grec des origines du monde.

Dans le mythe grec, au tout début...
Il y a Gaïa (la Terre) et Ouranos (le Ciel) et, tu vois, c’est l’amour fou. C’est la fusion, l’incandescence. Ils sont plutôt heureux et prolifiques.
Tu le sais aussi, la passion brûle, la passion flambe, la passion consume. Et parmi les enfants de ce couple dangereusement fusionnel, c’est Chronos (évidemment Chronos puisque les joies de la passion ne durent pas,) c’est Chronos qui les sépare.
Gaïa se disjoint donc d’Ouranos. La Terre se disjoint du Ciel.
Il se crée ainsi un espace vide.
Tu imagines cet espace vide.
Tu l’imagines bien cet espace vide
Et dans cet espace vide, tu vois apparaître devant toi Aphrodite. Elle vient de naÎtre.
Elle sera bientôt rejointe par éros et Imeros : désir et attirance, la compétence et l’attribution d’Aphrodite.
Tu te dis, c’est beau les espaces vides. Elle est belle Aphrodite.
Cet espace vide, tu le connais bien, il est bien connu de tous les créateurs quels qu’il soient, cet espace vide est une des conditions fondamentales de la création.
Et puis, tu penses à un truc : désirer, étymologiquement, vient de Sidus (sidéral, sidéré, considérer), eris (astre).
Littéralement « constater l’absence de l’astre » avec une forte idée de regret.
Et tu sais qu’avec l’usage du mot « désirer », avec le temps, le regret s’est effacé au profit de la dimension positive et prospective de « souhaiter ». Désirer, c’est souhaiter.
Sans doute, une question te vient qui dit : souhaiterais-je trouver l’astre ?
Mais tu te dis que si tu souhaites trouver l’astre c’est qu’il est au préalable absent.
Et tu constates l’absence de l’astre, là maintenant, tu le constates en vrai, en chair et en os, et plus du tout de façon étymologique…
Tes yeux se perdent alors dans les étoiles nombreuses sans savoir vraiment ce que tu cherches… Ce que tu désires…
Tu te poses donc la question suivante : est-ce que je sais ce qui manque dans mon propre ciel ?
Si tu ne sais pas, ou si tu as une petite idée et qu’elle n’est pas encore claire, ou si tu sais mais que tu ne sais pas encore le dire, viens l’écrire avec nous.
Ensemble nous explorerons nos propres cieux pour savoir quelle étoile manque.
Tu viens ?