Textes

Gabriel de Richaud au jour le jour

Des poèmes inédits livrés par Gabriel de Richaud au fil des jours et de ses interventions à la bibliothèque.

IL n’y a pas de place, nous sommes pleins d’enfants, le réseau tombe en déroute et se distille comme de l’alcool fort. Rien de bien fâcheux, finalement. On se délasse en regardant l’écran noir des personnages survivants à la déroute.

Au loin des coccinelles parlent de jeter des mâles dans des fossés d’hiver, elles veulent s’absoudre de la nécessité du désir. On le comprend.

Il faut manipuler / des rats de force, afin d’organiser la lutte. Lutte ? Tout le monde en rond sur les places publiques et nous prenons de surprise la racaille à col de papillon. Celle qu’on déflore à coup de CAC quarante dès le plus jeune âge dans les institutions privées où ils se reproduisent. Il faut les plaindre.

Je n’ai pas peur des manques, je les incarne facilement. Je suis le manque absolu et j’attends, par la patience, mon invisible absence en fin de tout. Et quoi ? Une question ? Au-delà de toute apparence de consensus - nous prenons la charge et nous prenons l’envol, la tête de la gondole et hop, je suis. Quitte à reprendre les flammes du feu premier au vol de la PROmesse impérieuse, je suis le feu, je suis la flamme et je suis ce que la poésie décide. Je suis.
Et je ne suis pas à plaindre.

Si la parole m’obsède c’est qu’elle se tisse une toile autour de ma bouche et l’enroule de salive collante, absolue de clarté et impossible à dire, devant l’âge, et la force calme des braises de l’aube. Mais pouvons-nous seulement voir ce que l’acte vise ? au milieu des arbres et dans les branches / bronches ? Souffles fragiles, ou morts, ou puissants comme le simoun, nous déguerpissons par voixde conséquence comme des pitres sans guenilles et jamais drôles mais marrants tout de même, hein ? le col du fémur nous casse les reins, dirait l’idiot faiseur de bouches. Trop de fois nous fermons le mot « mathématique » comme l’emblème d’une métaphysique, peu importe, ce que nous nous disons, peu importe car le signe dépasse la science du signe, et c’est ce qu’il faut croire même si j’aime – parfois - le fait de rêver et de rêver que je me suis trompé.
J’ai, en effet, rêvé que je m’étais trompé de poème et que le cœur saillant palpitait comme une grosse viande crue qu’on venait de découper d’un animal encore chaud. C’était bon et juteux. Je me tromperais bien encore une fois.

La toile se love, cou de brindille, se love ici, ou là, par effet d’harmonie. C’est une marche. Une marche harmonique et le Jean Sébastien se régale d’entendre la structure dévaler ses accords. Comme un boulet, rebondissant, rebondissant, et tournant au froid du corps.

Et pourtant, si je décidais d’arriver, de m’arrimer dans quelques ports vers les montagnes là-bas ou vers les déserts jaunes avec ses fruits improbables, si je décidais de me frotter à ce sable de marin, je serais peut-être lumière parmi les soins. Et je pourrais tendre la main et guérir, comme on aime, on guérit, et je voudrais guérir et aimer et enlacer le monde avec des mains de soin, des mains de beauté qui prolongeraient l’amour vers d’autres vies et d’autres vues comme des points de relais. Je serai la lèvre rouge, le baiser de plus, l’or du présent.
LA LÈVRE ROUGE, LE BAISER DE PLUS, L’OR DU PRÉSENT.
Et mes paupières se fermeraient. Doux sommeil ardent.
Vois-tu ce monde ?
Le vois-tu ?

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Extrait de Volumes (Inédit)


Vent technologique ouïe robotisée du XXIe siècle
le lisse stable et dizaïné de l’homme nucléaire
parasitant l’épée flamboyante de la plaie rouge
mais n’arrêtant pas la main JAMAIS
ni le bras JAMAIS
ni le corps entier
QU’EST-CE ?
viandes et feux se jetant comme FOUS
fission providentielle
décharge absolue
dans l’ultime possibilité du désir

BRASSER LE « NÉANT PEUT-ÊTRE »

LA DERNIÈRE NAGE DE L’HOMME-DIEU

Extrait de Volumes


Prendre un carrosse
doré et flamboyant
partir après minuit
ne pas revenir jamais
continuer le chemin avec les souris

EXTRAIT DE VOLUMES, inédit 2019.