Rapport d’activité 2018

Questions à Gilles Éboli, directeur de la bibliothèque municipale de Lyon

Qu’apporte la bibliothèque à la construction d’un territoire ?

Vaste programme !! Avec à mon sens deux approches possibles. La première est générique et citoyenne et renvoie au modèle de bibliothèque retenu. Il est clair que le modèle mis en avant par le projet de la BmL aujourd’hui a l’ambition d’inscrire la bibliothèque au cœur de la construction de la cité, physiquement et symboliquement, comme lieu du partage des savoirs mais aussi du vivre ensemble et donc de la capacité à « faire cité ». La seconde est plus métropolitaine, et ce n’est pas un hasard si la Métropole a souhaité s’appuyer sur la mise en œuvre de ses deux compétences obligatoires en matière de lecture publique et d’enseignement artistique pour y contribuer. Une des caractéristiques, et en fait un des atouts aujourd’hui des bibliothèques, est leur fonctionnement éprouvé en réseau et donc leur capacité à aménager au sens urbanistique du terme et dans la proximité un territoire, de façon équilibrée et en faisant sens pour l’action politique métropolitaine. Au-delà de l’ambition citoyenne, c’est bien l’incarnation d’un territoire que la mise en place d’un réseau de lecture publique rend possible.

Ce projet est-il une opportunité pour donner plus de visibilité à la bibliothèque ?

Encore deux ordres de réponse, avec tout d’abord la bibliothèque au sens générique. Et là oui, certainement, l’opportunité d’une plus grande visibilité de la bibliothèque sur le territoire est évidente. Tout d’abord, parce que si l’usager identifie bien ce service public à un fait municipal, il ne s’y arrête pas et les limites administratives sur un territoire comme celui de la Métropole de Lyon ne sont pas comprises pour la bibliothèque : pourquoi la carte de lecteur de Villeurbanne ne fonctionne pas à La Part-Dieu ? Pourquoi des catalogues séparés ? Pourquoi ne pas rendre à Vaise le document emprunté dans une commune limitrophe de l’arrondissement ? Le deuxième ordre est lié au projet d’établissement de la BmL : ce dernier – écrit en 2012 – se conclut par une proposition, celle d’une bibliothèque municipale à vocation métropolitaine. L’objectif ? Doter la Métropole lyonnaise d’un réseau de lecture publique comparable à d’autres grands réseaux de lecture publique déjà établis en Europe ou aux États-Unis. Il est clair que le potentiel est là, et qu’un des défis du projet sera, pas seulement pour la BmL mais évidemment pour toutes les bibliothèques situées sur le territoire, de démontrer une capacité à faire réseau.

Du point de vue de l’usager, quels sont les changements apportés par cette nouvelle échelle ?

Il n’est pas inutile de rappeler en premier lieu que le projet actuel n’a de sens que s’il part des besoins de l’usager : au- delà des refontes territoriales, qu’apporte de plus la Métropole à l’usager en matière de lecture publique ? Les solutions recherchées sont donc celles que le fait métropolitain saura apporter comme nouveau service ou comme meilleur service à l’usager. Nouveau service : c’est l’accent mis tout d’abord sur le partage du numérique, une volonté forte de la Métropole et une expertise que la BmL, avec Numelyo, le Guichet du Savoir, L’Influx, peut rapidement et efficacement partager, et elle n’est, encore une fois, pas seule sur ce terrain-là. Un meilleur service, ensuite, avec la mise en partage des compétences des bibliothécaires (déjà effective parfois, de façon complètement spontanée), la mise en synergie de l’action culturelle autour d’événementiels partagés et donc déclinés sur tout le territoire : c’est ce qui a déjà été mis en œuvre autour du projet Démocratie avec la déclinaison « La démocratie par le foot » lors de la coupe d’Europe de football, et c’est ce qui est déjà travaillé autour du thème du jeu pour 2018. Enfin, la mise en synergie des collections, des catalogues, des circulations ouvre pour l’avenir des perspectives qui feront vraiment bouger les lignes.