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Conférence / débat - Société - adultes

De Marrakech à Khartoum : portraits de villes postcoloniales

Le jeudi 14 novembre de 18h30 à 20h30 - bibliothèque de la Part-Dieu

Dans notre imaginaire commun souvent fait de clichés, deux grands types de villes s’opposent : la ville « du tiers-monde » où règneraient l’informel, l’oralité, le désordre, et la ville « occidentale » caractérisée par l'efficience, la performance dans les services et la qualité de vie.

C'est au prisme de cette vision simpliste que l'on considère la ville occidentale comme un « modèle » pour les autres, qui devraient tôt ou tard se conformer aux critères expérimentés au nord. A l’inverse, certains commencent à voir dans ces villes « du sud » des prototypes de la ville postmoderne, symboles d’hypermobilité, d’hyperconnectivité… Sur ce point, les savoirs de l’anthropologie urbaine et de la géographie peuvent nous venir en aide, notamment par l’étude précise de villes telles que Marrakech ou Karthoum. Nous verrons alors que les phénomènes urbains présentent une multiplicité de formes et de tendances et que la situation est plus complexe qu’il n’y parait.

En effet, si les diverses pratiques et évolutions de ces  villes « du Sud » font se multiplier les métissages, hybridations et syncrétismes, elles induisent aussi de nouvelles servitudes et de nouveaux clivages. Lieux d’expérimentation où certains phénomènes (privatisation, métropolisation) se montrent clairement « en avance » par rapport aux mondes citadins en Occident, ces villes, par l’accélération de l’économie et des aménagements urbains, ne prennent pas ou peu en compte les besoins d’une partie de la population, créant ainsi de nouvelles marges. Entre surinvestissement foncier et immobilier à l’image des pays du Golfe, et absence totale d’investissements publics, se superposent des zones de luxe et des espaces de survie, où chacun tente de s’intégrer et de devenir citadin. Ce statut du « citadin » est donc en question : qui modèle l’espace urbain et pour qui ?

Enfin, quelle est la part de l’héritage de la colonisation dans cette situation ? Ces villes postcoloniales ont évolué différemment avec la mondialisation. Quelles sont leurs histoires spécifiques et quel rôle jouent aujourd’hui les Européens dans la vie de ces cités et dans leur construction ?

Nous tenterons lors de cette conférence-débat, organisée avec le Centre d'Etudes Postcoloniales de Lyon, de changer notre regard, de désoccidentaliser la pensée urbaine et de comprendre au plus près les trajectoires et les logiques propres à ces méga-cités en devenir.

Intervenant(s) :
Michel Peraldi - anthropologue et sociologue

Directeur de recherche à l’IRIS, Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux, Michel Peraldi a été directeur entre 2005 et 2010 du Centre Jacques Berque pour le développement des Sciences Sociales à Rabat (Maroc). Il travaille sur les dynamiques migratoires et les circuits commerciaux informels entre Maghreb et Europe, en croisant les approches de socio économie et d’anthropologie urbaine. Il a ainsi étudié plusieurs villes ou métropoles telles Marrakech, Casablanca, Istanbul ou Marseille, et a publié en 2018 La catastrophe invisible : histoire sociale de l'héroïne (France, années 1950-2000) aux éditions Amsterdam ; Marrakech, ou Le souk des possibles : du moment colonial à l'ère néolibéral aux éditions La Découverte, et Casablanca, scènes et figures de la vie métropolitaine chez Karthala en 2010.

Voir dans le catalogue

Alice Franck - maître de conférences en géographie à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne et au sein du Laboratoire PRODIG (Pôle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information géographique).

Ses thèmes de recherche sont les processus productifs, les échanges, régulations et dynamiques territoriales, ainsi que la métropolisation, les circulations et dynamiques urbaines, dans le Monde Arabe et en Afrique subsaharienne et plus particulièrement au Soudan. Elle a été détachée au poste de coordinateur du CEDEJ-K (Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales au Soudan) à Khartoum de 2013 à 2016. Elle a soutenu sa thèse en 2007 Produire pour la ville, produire la ville : étude de l’intégration des activités agricoles et des agriculteurs dans l’agglomération du grand Khartoum, et publié de nombreux articles dont Insécurité foncière généralisée à Khartoum : quand les titres de propriété ne protègent plus des prédations publiques.

  • Condition d'accès

    Entrée libre dans la limite des places disponibles
    Gratuit

  • Lieu

    bibliothèque de la Part-Dieu
    30 Boulevard Marius Vivier Merle - 69003 Lyon

    Horaires et accès détaillés
  • Renseignement

    04 78 62 18 00

Partenaires

  • Centre d'Etudes Postcoloniales de Lyon

    Centre d'Etudes Postcoloniales de Lyon

    Le centre d'études postcoloniales de Lyon vise à développer un cercle militant de réflexion et d'actions autour des questions liées au postcolonialisme. L'intérêt d'un tel cercle de réflexion à Lyon est de réellement questionner les rapports de force découlant du postcolonialisme afin de créer une base militante solide sur ces questions.
    Le concept de postcolonial est aujourd'hui utilisé de manière toujours plus fréquente, à tel point que ce concept s'est cristallisé et institutionnalisé à travers les postcolonial studies anglo-saxonnes qui ont un succès importants, notamment dans les départements de littérature. Comme si le postcolonialisme était purement d'ordre discursif et restait seulement dans la culture et les représentations. Ainsi, récemment, divers auteurs comme Vivek Chibber (Postcolonial theory and the specter of capital) et Vasant Kaiwar (L'Orient postcolonial) ont vigoureusement critiqué les études postcoloniales, à tel point qu'on peut avoir l'impression que les postcolonial studies universitaires ne permettent pas réellement de questionner cette réalité. Vivek Chibber conclut son ouvrage sur la phrase suivante : « Le problème avec la théorie postcoloniale n'est pas qu'elle se consacre à ce programme, mais plutôt qu'elle est incapable de jamais le mener à bien. ». Nous reprenons cependant volontairement le concept de "postcolonial" en partant du principe que celui-ci renvoie à une réalité qu'il est primordial de questionner.
    Nous entendons ainsi nous interroger sur les diverses questions que soulève la situation postcoloniale : les questions liées à la race et à l'immigration en Europe, la FrançAfrique, le sionisme, la campagne BDS, et promouvoir la connaissance d'auteurs comme Frantz Fanon, C.L.R. James, Abdelmalek Sayad ou encore Sadri Khiari. La plupart des actions passeront par des réunions publiques, des conférences et des formations politiques.

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