Les rendez-vous des bibliothèques municipales de Lyon

Conférence musicale - Musique - tous publics

Proust et Wagner

Cercle Richard Wagner Lyon

Le samedi 12 mars de 10h00 à 17h30 - bibliothèque de la Part-Dieu

Condition d'accès :

Entrée libre dans la limite des places disponibles - Gratuit

Le 18 novembre 2022 saluera le centième anniversaire de la mort de Marcel Proust. Toute sa vie durant, Wagner resta pour l’écrivain une référence constante. Sa jeunesse coïncida avec le triomphe du wagnérisme en France. Vers l’âge de vingt ans, il nomma l’auteur de Tristan parmi ses compositeurs préférés. Son œuvre et sa correspondance témoignent à quel point il en a été imprégné et Wagner est de loin le plus cité et le plus commenté. Sans oublier que c’est entre autres chez l’auteur de Tristan que Proust a trouvé le modèle fondamental de la Recherche : la quête de l’absolu par l’œuvre d’art ! C’est ainsi qu’il renouvelle le roman de l’artiste et légitime l’écriture de la musique par un écrivain. Pour rendre hommage au génie littéraire, poétique et visionnaire de l’auteur d’A la recherche du temps perdu, le Cercle Richard Wagner – Lyon lui consacre, à la bibliothèque municipale de la Part-Dieu, une journée spéciale de conférences animées par les deux meilleurs spécialistes actuels des rapports de Proust à la musique.

Celle-ci sera précédée le mardi 1er mars à 19h00 au Goethe Institut de Lyon d’un prélude musical intitulé « Est-ce cela, le bonheur ? Hommage à Marcel Proust » par Xavier Jacquelin (récitant) accompagné d’un duo piano-violon (Catherine Arnoux (violon) Sébastien Jaudon (piano)). L’entrée sera libre.

« En jouant cette mesure, et bien que Vinteuil fût là en train d’exprimer un rêve qui fût resté tout à fait étranger à Wagner, je ne pus m’empêcher de murmurer : « Tristan ! », avec le sourire qu’a l’ami d’une famille retrouvant quelque chose de l’aïeul dans une intonation, un geste du petit-fils qui ne l’a pas connu. Et comme on regarde alors une photographie qui permet de préciser la ressemblance, par-dessus la Sonate de Vinteuil, j’installai sur le pupitre la partition de Tristan, dont on donnait justement cet après-midi-là des fragments au concert Lamoureux. Je n’avais à admirer le maître de Bayreuth aucun des scrupules de ceux à qui, comme à Nietzsche, le devoir dicte de fuir dans l’art comme dans la vie la beauté qui les tente, qui s’arrachent à Tristan comme ils renient Parsifal et, par ascétisme spirituel, de mortification en mortification parviennent, en suivant le plus sanglant des chemins de croix, à s’élever jusqu’à la pure connaissance et à l’adoration parfaite du Postillon de Longjumeau. Je me rendais compte de tout ce qu’a de réel l’œuvre de Wagner, en revoyant ces thèmes insistants et fugaces qui visitent un acte, ne s’éloignent que pour revenir, et parfois lointains, assoupis, presque détachés, sont à d’autres moments, tout en restant vagues, si pressants et si proches, si internes, si organiques, si viscéraux qu’on dirait la reprise moins d’un motif que d’une névralgie. »

(Extrait de La Prisonnière)

 

A 10h00

« Du côté de chez Reynaldo Hahn… » par Philippe Blay

Interlocuteur privilégié de Marcel Proust en matière esthétique, le compositeur Reynaldo Hahn (1874-1947)  se situe au carrefour des multiples interactions générées par la musique de Richard Wagner dans la société parisienne de la fin du XIXème siècle. Élève de Massenet et admirateur de Saint-Saëns, deux parangons de francité artistique, il est intimement lié avec le pianiste Édouard Risler, fervent wagnérien qui fut chef de chant au Festival de Bayreuth en 1896 et 1897, auquel Hahn avait assisté en 1892.

Disputant avec Proust des rapports entre les humains et le mythe, Hahn se veut émancipé face au « génie colossal de Wagner » tout en intitulant cependant ses chroniques du Figaro « L’ardoise de Beckmesser ». Car ce musicien, proche d’interprètes historiques comme la soprano Lilli Lehmann et le ténor Jean de Reszke, se méfie des éléments sonores « qui agissent sur l’être physique et qui asservissent l’auditeur », ce qui l’amène à privilégier dans la création wagnérienne les Maîtres Chanteurs.

 

A 15h00

« Du wagnérisme à la migraine dans À la recherche du temps perdu» par Cécile Leblanc

Né en 1871, Marcel Proust appartient à la seconde génération du wagnérisme français, celle qui a pu assister aux premières représentations de Wagner au Palais Garnier. Sa famille y dispose d’une loge en 1893 d’où il assiste à la première Walkyrie parisienne. Assidu aux concerts, attentif aux grands interprètes wagnériens dont la cantatrice Lucienne Bréval avec laquelle il entretient une relation amicale, il observe aussi avec ironie les rituels mondains et la comédie sociale qui se jouent autour du maître de Bayreuth. Le snobisme wagnérien favorisant l’ascension sociale et la transgression des castes constituera ainsi l’un des grands thèmes de la Recherche. Mais l’écrivain est surtout un excellent critique musical qui observe en connaisseur l’impact du compositeur allemand dans la création française littéraire et musicale. Soucieux de se démarquer du roman de formation d’artiste tel que le XIXème siècle l’a pratiqué et curieux des évolutions de la musique française de son temps, il abandonne son premier projet dont le modèle était celui de Parsifal. Avec la création du compositeur Vinteuil sur les épreuves de Du côté de chez Swann, en avril 1913, il donne au roman une autre direction, celle de la réception de l’œuvre musicale moderne plutôt que celle de l’apprentissage du créateur. Mais Wagner restera, symboliquement, le « grand-père » de Vinteuil.

 

Intervenant(s) :
Cécile Leblanc - Musicologue, agrégée de lettres classiques et Maître de conférences HDR à la Sorbonne-Nouvelle

Cécile Leblanc est spécialiste des rapports complexes et tumultueux qu’entretiennent musique et littérature à la fin du XIXe siècle sous l’influence de Wagner et de ses épigones (Wagnérisme et création, Champion, 2005, participation à L’Encyclopédie Wagner, sous la direction de T. Picard, Actes Sud, 2010, Le Wagnérisme dans tous ses états, 2013). L’autre volet de ses recherches concerne la question musicale dans l’œuvre de Marcel Proust, et plus particulièrement la façon dont l’écrivain a conçu son roman dans le contexte de la critique musicale de son époque ainsi que l’importance des musiciens qu’il a fréquentés et surtout écoutés pour élaborer son esthétique. (Proust écrivain de la musique, l’allégresse du compositeur, Brepols, 2017 et Musiques de Proust, avec Nathalie Mauriac et Françoise Leriche, Hermann, 2020).

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Philippe Blay - Musicologue, conservateur en chef à la Bibliothèque nationale de France

Ses recherches portent sur le théâtre lyrique en France sous la Troisième République et Reynaldo Hahn, auquel il consacré plusieurs ouvrages, dont une biographie de référence parue chez Fayard en 2021.

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  • Lieu

    bibliothèque de la Part-Dieu
    30 Boulevard Marius Vivier Merle - 69003 Lyon

  • Renseignement

    04 78 62 18 00

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  • Cercle Richard Wagner

    Cercle Richard Wagner

    Le Cercle Richard Wagner – Lyon est une association créée en 1982 qui a pour but d’étudier et d'approfondir la vie et l'œuvre artistique de Richard Wagner, tout en abordant d'autres thèmes touchant à l'art en général, au théâtre, à la littérature... Chaque année, le Cercle Richard Wagner propose au public de la bibliothèque deux conférences : la première pour 2015, "Richard Wagner et l'opéra français" par Emmanuel Reibel.

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